Le Concerto pour violon n° 1 de Serge Prokofiev

Trouver le juste équilibre orchestre-soliste est le pari de cette œuvre symphonique conçue comme une sonate.

Les deux concertos pour violon de Prokofiev – et tout particulièrement le Second – furent méprisés durant plusieurs décennies. Leur écriture mélodique contrastait trop fortement avec l’idée que l’on se faisait de l’esthétique futuriste d’une gran­de âpreté harmonique et rythmique du compositeur.
De la cinquantaine de versions du Premier Concerto que nous avons entendues, un tiers a été gravé entre 1935 et 1970. La résurrection de l’œuvre date des années 1980. David Oïstrakh l’a enregistrée dix fois, un chiffre toutefois ridiculement bas si l’on considère la quantité d’archives russes non publiées…

Autour du " Roi David "

Contrairement à la plupart des discographies réalisées par Classica, celle-ci réunit peu d’enregistrements historiques. Le premier réalisé par Josef Szigeti en 1935 avec le Symphonique de Londres et Thomas Beecham reste un témoignage montrant un art du rubato savoureux. Une interprétation ultra romantique bien préservée (Andante, 1935).
Le " cas " David Oïstrakh : deux premières gravures, sous les directions d’Alexander Gauk et Serge Prokofiev ont été répertoriées chez Melodiya. Nous n’avons pu les entendre. Puis, par ordre chronologique, Kirill Kondrachine avec l’Orchestre d’État d’URSS. Dans ce live mal stéréophonisé, le violon et l’orchestre improvisent de manière impulsive (Lys, 1947). La même année, avec Josef Kubelík, et le Symphonique de Prague, le son est téléphonique. Difficile d’apprécier cette prestation du festival du Printemps de Prague (Andante, 1947). La version avec Lovro Matacic et le LSO provient des archives EMI. Présentée comme une référence, elle est entachée d’un souffle gênant. L’orchestre est réduit au rôle de faire-valoir. Le violon est magnifique, mais il y a mieux (Testament, 1954). Nous entendons à nouveau Kondrachine, mais avec le Philharmonique de Moscou. L’orchestre est plus présent et audible qu’en 1947. Il y a toutefois beaucoup de décalages et d’improvisations (Brilliant, 1963). Avec Gennadi Rojdestvenski et l’Orchestre de la RTV d’URSS (s’agit-il de l’unique gravure réalisée en studio ?), Melodiya ou le remastering privilégient de manière absurde la présence agressive du violon (Zyx, 1967). Le Philharmonique de Moscou avec Youri Temirkanov est inventif. En live, le mélange de hargne et de lyrisme est gâté par un micro sur les genoux de l’auditeur (Praga, 1970). Grâce à Kurt Sanderling et au Symphonique de Berlin, nous disposons enfin d’un orchestre présent et d’un dialogue construit. Le climat est sombre et tragique. Une superbe bande de la Radio Est-allemande rééditée dans un coffret consacré à… Kurt Sanderling ! (HM, 1971). Bernard Haitink et le Concertgebouw d’Amsterdam nous offrent une autre surprise avec une lecture nostalgique et une démonstration d’orchestre dans le deuxième mouvement. La fusion entre les pupitres et le soliste est excellente (Q. Disc, 1972). Nous réservons ces deux derniers jalons pour notre écoute finale.

De l’indignité à l’absence d’idées

Franco Gulli avec Celibidache auraient été une belle affiche si l’Orchestre Scarlatti de la RAI de Naples n’était pas une sorte d’orphéon juste bon à accompagner les bals ! (Arkadia, 1957).
En concert, le sobre archet de Pierre Hofer n’est pas aidé par l’Orchestre national à la sonorité laide et la battue neutre de Georges Tzipine (Ina, 1963).
Du côté slave, Valentin Zhouk et Dimitri Kitaenko avec le Symphonique de Moscou ont une conception débraillée de la partition : justesse approximative, sonorité bruyante (Melodiya, 1983). Dimitri Sitkovetszky, le LSO et Colin Davis évoluent dans un climat morose. Peu de style et d’ampleur du violon. Davis se contente de suivre (Virgin, 1988). Boris Belkin avec Michael Stern à l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich jouent… un divertimento de Mozart ! Platitude du violon, absence polie de l’orchestre (Denon, 1993).
D’autres déceptions proviennent de formations luxueusement enregistrées. Leila Josefowicz et le Symphonique de Montréal avec Charles Dutoit n’ont aucune tenue. Orchestre sirupeux, violon chichiteux (Philips, 1999). Le chef suisse et la formation canadienne avaient déjà gravé la partition avec Joshua Bell. L’orchestre est tout aussi banal, le violon superficiel et perdu dans la masse sonore (Decca, 1992).
Anne Akiko Meyers, Dmitri Kitaenko et l’Orchestre symphonique de la Radio de Francfort ont choisi une lecture expressionniste, froide et agressive. Pas de vibrato, mais une grande efficacité technique (RCA, 1995).
Sarah Chang a une conception chambriste de l’œuvre. Hélas, la direction molle de Rattle et surtout la prise de son scandaleusement lointaine et sans dynamique sur le Philharmonique de Berlin anéantissent tout espoir. A-t-il bien été enregistré dans la même salle ? (EMI, 2005).Constat identique avec Frank Peter Zimmermann, le Philharmonique de Berlin et Lorin Maazel. Orchestre lointain et sirupeux, violon mal défini, mais intelligent (EMI, 1987).
Anne-Sophie Mutter, Rostropovich et l’Orchestre national de Washington sont mieux servis. Toutefois, Mutter minaude et l’ensemble baigne dans une chaleur néo-brahmsienne à la limite du contresens (Erato, 1988).
Tedi Papavrami et Antoni Wit à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio nationale polonaise jouent sans conviction. Le violon est sec, pas toujours très juste. L’orchestre s’endort (Naxos, 1996).
On attendait davantage de Shlo­mo Mintz avec le Symphonique de Chicago et Abbado. Les atmosphères sont plus langoureuses qu’inspirées. L’orchestre est lourd et bavard. Aucune entente avec le violon (DG, 1984).
Autre déception : Cho-Liang Lin avec le Philharmonique de Los Angeles et Esa-Pekka Salonen. Confronté à une écoute comparée, ce CD très bien accueilli dès sa sortie montre ses limites : archet peu inventif mais techniquement parfait face aux excellentes idées du chef (Sony, 1992).
Même constat avec l’Orchestre symphonique Tchaïkovski dirigé par Vladimir Ponkine. Belles couleurs de la formation. Quel dommage qu’elle soit si loin de l’archet de Graf Mourja, virtuose, mais manquant de personnalité (Le Chant du Monde, 2001).Trois artistes méconnus méritent d’être entendus. Angèle Dubeau et le Symphonique de Kiev avec Igor Blazhkov chantent dans la même direction, l’orchestre est un peu raide et la passion prudente (Analekta, 1989). Erick Friedman et Erich Leinsdorf avec le Symphonique de Boston ont une conception très romantique, au premier degré, avec un son puissant. Voyage dans la tradition américaine des années 1950-1960 (Testament, 1964).
Helena Madoka-Berg enregistra le Concerto lors de la finale du Concours du Lions Club 2008. La modeste Philharmonie de Baden-Baden dirigée par Pavel Baleff suit intelligemment un violon de caractère et élégant (Bella Musica, 2008).

Bonnes versions, mais…

Dans cette catégorie, c’est généralement l’orchestre qui fait défaut et déséquilibre des lectures violonistiques remarqua­bles. Maxim Vengerov et le LSO dirigé par Rostropovich en sont le parfait exemple. Le violon est superbe de couleurs, d’inventivité, fin, brillant, scintillant… mais l’orchestre ne se réveille que dans le Finale (Teldec, 1994).
À l’opposé, Youri Temirkanov sait faire ricaner le Royal Philharmonic Orchestra. Vladimir Spivakov est précis et sensible à défaut d’être original. Dommage (RCA, 1990).
Isaac Stern a gravé l’œuvre à plusieurs reprises. Avec Mitropoulos et le Philharmonique de New York (Sony, 1958), puis avec l’Orchestre de Philadelphie et Eugene Ormandy (Sony, 1966), et à nouveau avec New York sous les ordres de Zubin Mehta (Sony, 1982). Trois lectures typiquement romantiques, chargées orchestralement (Ormandy), guère affinées et qui ont vieilli.
Itzhak Perlman et Gennadi Rojdestvenski avec le Symphonique de la BBC déçoivent. Le violon est d’un charme fou et l’orchestre, au minimum syndical, refuse tout dialogue ! (EMI, 1980). À noter que les mêmes interprètes en DVD et en concert offrent une interprétation bien plus vivante (DVD Medici Arts, 1980).
Le violon d’Ilya Gringolts est placide. Le Symphonique de Göteborg avec Neeme Järvi assure une lecture homogène, mais creuse (DG, 2004).
Pierre Amoyal avec le Philharmonique de Strasbourg (Erato, 1974) puis Régis Pasquier avec l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine (Forlane, 1989) sont dirigés par Alain Lombard. Le chef dirige avec précision et personnalité, mettant en valeur les vents. Les deux solistes ont une belle élégance à défaut de traduire la méchanceté du mouvement central. On remarquera aussi l’archet très romantique, ainsi que l’engagement de Jean-Pierre Wallez bien secondé par l’Orchestre national de France et Youri Ahronovich (Accord, 1976).

Les grands frissons

Nathan Milstein enregistra le Concerto à plusieurs reprises. Avec Ernest Ansermet et la Suisse romande, c’est l’émotion immédiate grâce à un orchestre qui vibre. En concert, la brillance du deuxième mouvement est restituée avec un côté enfantin. Certes, le son date, mais l’esprit est délicieusement narratif (Music & Arts, 1960). Avec Carlo Maria Giulini et le Philharmonia dans une gravure en studio, on passe à un niveau supérieur. Le travail du chef est l’un des plus extraordinaires de la discographie. Les deux voix sont imbriquées grâce à une prise de son magnifique. Quelle leçon de violon, de phrasé et d’intelligence musicale ! (EMI, 1962).
Loin de cette perfection, mais tout aussi passionnante est la lecture en concert de Victor Tretiakov avec Vladimir Fedosseiev et le Grand Orchestre de la Radio télévision d’URSS. C’est un violon charmeur qui puise son inspiration dans Schéhérazade de Rimski-Korsakov et assume une prise de risques permanente. Remarquable (Vogue, 1983).
La version de Ruggiero Ricci avec Ernest Ansermet et l’Orchestre de la Suisse romande rappelle celle de Tretiakov par l’engagement physique. Le son stéréo Decca des années 1950 donne une surpuissance à l’ensemble. C’est un déferlement de passions, de détails qui illustrent la partition en technicolor. Tout cela n’est pas très réaliste, mais si enivrant ! (Decca, 1958).
Enfin, trois versions récentes méritent de faire également partie de notre écoute en aveugle. Lydia Mordkovitch et Neeme Järvi avec l’Orchestre national d’Écosse ne déçoivent pas. La finesse de l’archet est sidérante. Faisons l’impasse sur une prise de son trop réverbérée. L’entente violon/orchestre est magnifique (Chandos, 1988).
Ce qui fait le prix de la prestation de la jeune Julia Fischer et de Yakov Kreizberg à la tête de l’Orchestre national de Russie, c’est la fraîcheur et la sincérité du discours. D’emblée, on est capté par un violon d’une finesse ahurissante et d’une inventivité permanente. Kreizberg dirige comme s’il faisait de la musique de chambre. Voilà un très solide outsider (PentaTone, 2004).
Si l’on devait caractériser le violon de Gil Shaham, on dirait qu’il est un idéal inaccessible ! Comment peut-on obtenir des couleurs aussi extraordinaires avec un jeu à la fois subtil, précis et inventif ? Bien qu’en retrait, l’orchestre est excellent. Tenons-nous déjà le gagnant (DG, 1995) ?

Audition en aveugle

Parmi nos huit versions sélectionnées, aucune n’a été rejetée durant l’écoute. Notre objectif était de proposer les interprétations les plus con­trastées, mais dont chacune démontre un véritable dialogue entre le soliste et l’orchestre.
Victor Tretiakov nous prend de court par la puissance de l’archet, l’impact immédiat du son : " c’est indubitablement une interprétation russe dans laquelle on ne perd pas de temps à la digression lyrique " (XL). Malgré le souffle de la prise de son, l’émotion est perceptible avec un orchestre à la fois pudique mais bien présent. BD et XL apprécient dans le mouvement suivant les climats sarcastiques et ironiques. " C’est toutefois un matériau à l’état brut et qui ne s’embarrasse pas de finesse " pour SF. ET souligne " que le jeu déploie des couleurs uniformément agressives ". Voilà donc une version sincère qui séduit par la personnalité des interprètes, un engagement cons­tant. Un concert idéal n’est toutefois pas systématiquement une référence !
Impossible de deviner que David Oïstrakh est le soliste du Concertgebouw d’Amsterdam ! La première impression n’est pas très favorable. XL estime " que le soliste est peu inspiré, plus appliqué à faire du beau son. Il se repose sur l’orchestre ". ET relève le climat chambriste, un côté bel cantiste. " Ce violoniste doit être parfait dans Sibelius ". BD est plus réservé encore : " Comment construire une telle partition en étant ainsi "sur" chaque note " ? SF s’oppose et apprécie que le violon cherche à dialoguer avec les pupitres. Chacun reconnaît que l’orchestre est d’une grande perfection individuelle. XL et ET trouvent le deuxième mouvement encore bien mécanique, digne " d’un stakhanoviste du violon " pour le premier. Pour SF, " la construction des phrases avec les sautillements dansants annonce déjà vingt ans à l’avance Roméo et Juliette ". Le Finale convainc moins. Pour les uns, " il tourne à vide ", pour les autres, " la technique s’estompe au profit d’une succession de tableaux ".
Ruggiero Ricci nous oppose. ET y voit " l’excès d’un soliste et d’un orchestre qui lâchent progressivement les vannes avant d’imposer un jeu froid et fatigué ! L’orchestre est trop présent avec l’envie de faire en permanence quelque chose ". Le côté hyper-démonstratif agace également BD : " La dimension mélodique prime sur le reste. Ce n’est pas de l’opéra, c’est un concerto ! " XL et SF ne sont pas de cet avis. XL est séduit par " le côté très russe de cette ­lecture enflammée. On y entend de la musique populaire ". SF constate que " le vibrato ultra-romantique de l’archet est à la limite du maniérisme. Mais cela passe car l’engagement physique démontre la dimension tout autant heureuse que vénéneuse du premier mouvement ". Comment expliquer la baisse de tension dans le Scherzo et notre franche déception dans le Finale ? La vitalité et l’énergie qui primaient au début ont en partie disparu. Même le son est moins beau comme si l’urgence du tempo étouffait l’interprétation. Dans le Finale, le violoniste paraît à bout de souffle : " Manque-t-il tout simplement de moyens ? " (ET) Pour XL, " la divergence entre le violon et l’orchestre est patente. D’un côté, des pupitres grinçants et de l’autre, un violon fluide et lumineux ". Une conception spectaculaire mais frustrante.

Lucidité de la construction

Le jeu de Lydia Mordkovitch est assez rapidement identifié. Quel dommage que le son de l’orchestre soit nimbé ! Le panache et l’élégance d’un archet qui exprime une variété de jeu extraordinaire nous enthousiasment. Pour BD " c’est une forme de perfection sonore et l’expression d’un lyrisme plus proche de Rachmaninov que de Prokofiev ! ". ET et XL sont du même avis, reconnaissant que le charme et la virtuosité de l’archet demeurent profondément romantiques. Le Scherzo est à la fois très inventif et coloré avec un sens profond de l’intimité et du dialogue. BD est plus réservé. Il lui semble que " la réalisation technique si importante dans ce scherzo vivacissimo n’est pas au niveau des autres versions ". Le Finale pose un autre problème. Le dialogue semble s’estomper pour BD et ET. SF et XL sont d’un avis contraire. La chaleur des accents tziganes est séduisante même si l’orchestre offre surtout un écrin de qualité en lieu et place d’une fusion de l’expression.
Nous retrouvons à nouveau David Oïstrakh, cette fois-ci sous la direction de Kurt Sanderling. ST, BD et XL sont immédiatement frappés par l’étonnante personnalisation de l’orchestre. Sanderling, avoue XL " réussit l’équilibre entre le violon et l’orchestre ". Le mélange de douceur et de lyrisme, de profondeur et de sens de la narration séduit. Dans le Scherzo, l’écoute est passionnante. Le sens de l’effort à la limite parfois du décrochage, mais en même temps la sûreté du jeu étonnent. Pour ET, " la sincérité, la lucidité et l’engagement " sont les caractéristiques de cette lecture particulièrement attachante car très personnelle. Peut-on la recommander en première écoute ?
Pour XL, la version de Nathan Milstein est la " version exacte ". L’équilibre des micros est idéal. La délicatesse et la précision de la direction de Carlo Maria Giulini à la tête de l’Orchestre philharmonie de Londres sont tout à fait remarquables. Dans ce concert de louanges, une seule voix est en désaccord. En effet, pour ET, " si le violon est exceptionnel et les couleurs superbes, l’orchestre est un peu fade et ne le touche guère. Dans le Scherzo, on en reste à une représentation parfaite dans laquelle l’absence de prises de risques est gênante ". La dimension sarcastique est sans aucun doute absente, mais le panache est tel qu’il est difficile d’imaginer un violon plus " classique ". Le tempo assez lent qui domine dans le Finale porte très bien le climat de nostalgie. Pour BD, " il s’agit de la version la plus équilibrée, celle de la première écoute ".
Gil Shaham ne tarde pas à être découvert. La plénitude de l’archet, le mélange de puissance, de virtuosité et de fantaisie rappellent la version qui nous marqua lors de sa parution. " C’est l’approche la plus romantique " (SF). Pour ET, l’archet serait typiquement russo-américain, d’une plasticité fantastique ". Le Scherzo nous laisse sur notre faim bien que le niveau technique ­demeure ahurissant. Le commentaire : " Ce n’est pas très russe " de XL résume le sentiment général. Le troisième mouvement est spectaculaire, rendu avec une prise de son pleine et chaleureuse, une signature " Deutsche Grammophon " souligne XL. " C’est à la limite de la musique de film " s’exclame BD, alors que " le soliste prend son temps et remplit tout l’espace " (ET). Le Symphonique de Londres sous la direction d’André Previn est d’une relative placidité. Chaleureux mais peu inventif, il est le seul bémol de cette lecture exceptionnelle.

L’art et la manière

Qui pouvait s’attendre à ce que Julia Fischer se hisse à la première place ? Dans le premier mouvement, elle nous offre la version la plus chambriste de la discographie. La beauté et la finesse des dialogues, la compréhension entre la soliste et le chef sont magnifiques. ET souligne les aspects presque néo-classiques de l’interprétation même s’il regrette que chaque phrase soit un peu trop prévisible. XL pense avec justesse que ce violon est étrangement " féminin ". Pour SF, " la lecture correspond à la nuance sognando de la partition, évitant tout effet specta­culaire ". Dans le Scherzo, l’incroyable performance technique nous emballe. Elle est au service de l’expression musicale, " d’une perfection qui n’est jamais glacée mais réserve la même attention au rêve qu’à la fantaisie la plus débridée " (BD). La variation de couleurs et le côté implacable, voire la dimension rhap­sodique du Finale sont uni­ques. Ce violon " sans effort apparent " et montrant un sens miraculeux du dialogue avec l’orchestre se place sans conteste en tête de notre écoute.

LE BILAN

Prioritaire

1. Fischer (2004)
Orch. national de ­Russie, dir. Kreizberg PentaTone
PRC 5186059
2. Shaham (1995)
Orch. symphonique de Londres, dir. Previn
DG 447758-2
3. Milstein (1962)
Orch. Philharmonia, dir. Giulini
EMI 476861 2

Passionnants

4. Oïstrakh (1971)
Orch. symphonique de Berlin, dir. K. Sanderling
Harmonia Mundi HMX2905257
5. Mordkovitch(1988)
Orch. national d’Écosse, dir. N. Järvi
Chandos 8709

Excellents

6. Ricci (1958)
Orch. Suisse romande, dir. Ansermet
Decca 466966-2
7. Oïstrakh (1972)
Concertgebouw d’Amsterdam, dir. Haitink
Q.Disc 97014
8. Tretiakov (1983)
Orch. RTV URSS, dir. Fedosseiev
Vogue 651037