Le chef Santtu-Matias Rouvali réinvente la Deuxième Symphonie de Sibelius

Après le succès critique retentissant du précédant volume contenant la Symphonie n° 1 et le poème symphonique En Saga, l’intégrale des symphonies de Sibelius se poursuit chez le label Alpha avec l’orchestre symphonique de Göteborg et Santtu-Matias Rouvali, alors que la carrière du chef finlandais connaît une ascension fulgurante – il vient d’être nommé à la tête du Philharmonia Orchestra à Londres.

 

La Deuxième symphonie semble marquée par les événements tragiques de la vie de Sibelius

Au tournant du XXe siècle, alors que la Finlande a du mal à s’affranchir du règne russe, le couple Sibelius affronte plusieurs difficultés familiales dont la perte d’une de leurs filles, Kirsti, emportée par la fièvre typhoïde. La Deuxième Symphonie (1902), écrite dans la tonalité brillante de ré majeur, semble marquée par les tragiques événements de la vie privée du compositeur, mais beaucoup de ses contemporains y voient malgré tout un manifeste politique : à l’instar de Finlandia, elle sera bientôt considérée par les finlandais eux-mêmes comme un hymne de combat contre l’oppresseur russe et l’expression musicale de leurs aspirations indépendantistes.

 

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En 1898, Sibelius compose la musique de scène – genre dans lequel il est passé maître – de la pièce d’Adolf Paul, Le Roi Christian II, histoire de la chute du roi de Scandinavie (Danemark, Suède et Norvège) au XVIe siècle. La suite qui en est tirée fut jouée avec succès dans plusieurs villes d’Europe.

 

On attend avec impatience le troisième volume de cette intégrale des symphonies du maître finlandais.

 

Très attachée à ciseler les détails de l’orchestration, la baguette de Santtu-Matias Rouvali déchaîne une matière organique en fusion sous une chape de plomb, préférant déployer un camaïeu au milles nuances plutôt qu’une palette aux mille couleurs, quitte à passer l’estompe sur la grandiloquence romantique de la partition, à rebours de la plupart des chefs. Une (re)lecture singulièrement sombre de cette symphonie, sans doute la plus jouée de Sibelius.
Les sept pièces qui forment la suite du Roi Christian trouvent ici une interprétation à la hauteur des trésors d’inspiration qu’elles recèlent. On n’en prendra pour exemple que la manière dont le chef tour à tour retient puis lâche la sublime mélodie qui envahit l’« Elégie » initiale. On attend avec impatience le troisième volume de cette intégrale des symphonies du maître finlandais.

Jean Sibelius : Symphonie n° 2. Christian II, Suite. Orchestre symphonique de Göteborg, dir. Santtu-Matias Rouvali (1 CD Alpha)

Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.

Jérémie Bigorie