Le Centre Pompidou consacre une grande rétrospective au peintre Francis Bacon

Jusqu’au 20 janvier 2020, le Centre Pompidou consacre une grande rétrospective à l’un des peintres les plus célèbres de la seconde moitié du XXe siècle. Déjà célébré par le musée en 1996, Francis Bacon est aujourd’hui présenté sous un angle inédit. A partir de 1971 et jusqu’en 1992, date de sa mort, son œuvre est marquée par un renouveau stylistique, et par la relation particulière qu’il entretient avec la littérature.  Zoom sur ces deux dernières décennies de production !

 

En 1971, le peintre Francis Bacon s’engage dans la voie de « l’immaculé »

L’exposition s’ouvre en 1971. Cette année-là, les galeries nationales du Grand Palais dédient une grande rétrospective à Bacon qui le consacre internationalement. En 1971, l’artiste britannique est aussi éprouvé par le décès de George Dyer, son amant, quelques jours avant le vernissage de l’exposition parisienne. Trois triptyques dits « noirs » commémorent cette disparition dans les premières salles de l’exposition.

Francis Bacon, In memory of George Dyer, 1971, huile sur toile, 198 x 147.5 cm, Fondation Beyeler, Beyeler Museum, Bâle.

 

Le début des années 1970 provoque ainsi une période de mutation stylistique chez Bacon.  L’iconographie de la culpabilité entre en jeu, et l’artiste tend vers la réalisation de son projet artistique : « l’immaculé », qu’il espère atteindre dans la simplification et l’intensification de sa peinture.

 

1971-1992 : 20 ans d’introspection et de relecture de ses œuvres

Les premiers tableaux présentés à Pompidou témoignent de l’importance de l’introspection et de la réinterprétation des œuvres par Bacon entre 1971 et 1992. Parmi ces tableaux, la seconde version de Paintings réalisée en 1971, ou encore l’alignement de trois portraits ; Bacon entouré de Michel Leiris et de Jacques Dupin. Dans ces portraits sans flatterie, Bacon s’entoure symboliquement de poètes pour figurer cette introspection, et signifier sa grande admiration aux poètes.

 

Francis Bacon, Second version of Paintings, 1971, huile sur toile, 198 x 147.5 cm, Museum Ludwig, Cologne.

 

La relation résolument moderne de Bacon à la littérature

Bacon en toutes lettres. On comprend mieux le titre de l’exposition lorsque l’on découvre, dès la première salle, la passion de Bacon pour la littérature. Pas moins de 1000 ouvrages composent sa bibliothèque ! Poésie, romans et philosophie le fascinent, mais ne jouent cependant pas le « rôle traditionnel » qu’on leur attribue en peinture.

La relation de Bacon à ses lectures est moderne, elles lui « ouvrent les portent de l’imaginaires ». Il s’agit d’utiliser la littérature comme un stimulus « d’images immédiates » et d’atmosphères. Plus qu’une reproduction narrative, l’œuvre de Bacon est un hommage aux auteurs qui l’ont touché !

Au cours de la visite, vous pourrez entendre des passages des œuvres d’Eschyle, Nietzsche, T.S Eliot, Leiris, Conrad et Bataille dans des salles dédiées. Tragédie grecque, avec par exemple le Triptyque inspiré par L’Orestie d’Eschyle et poésie figurent parmi les références les plus nombreuses.

Francis Bacon, Triptych inspired by The Oresteia of Aeschylus, 1981, huile sur toile, chaque panneau : 198 x 147.5 cm, Astrup Fearnley Museet, Oslo.

 

Bacon introduit dans son œuvre le thème de l’informe et parvient peu à peu à la réalisation de son projet. L’Eau s’écoulant d’un robinet (1982) est selon lui le tableau le plus abouti, il est « immaculé ». La matière et la forme cèdent désormais leur place à des jets de peinture, souffles de pigments, et nouvelle palette chromatique. Adieu le « peintre de la figure », bienvenu dans le nouveau monde poétique de Francis Bacon !

 

Francis Bacon, Water from a Running Tap, 1982, huile et peinture aérosol sur toile, 198 x 147.5 cm, collection particulière. 

 

Exposition jusqu’au 20 janvier 2020. Réservation préalable en ligne obligatoire.

 

Joséphine de Gouville

 

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