Le brio aigu de Christine Ockrent

Grande professionnelle des médias, Christine Ockrent a la réputation d’être une femme dure et intraitable dans le travail. Lors de son premier passage dans Musiques de Stars, elle avait été particulièrement coupante et, dans mon souvenir, avait joué le jeu de la conversation avec réticence, répondant parfois sèchement à mes questions par un : « A quoi bon parler de musique, écoutons-là ».

Nonobstant cette impression mitigée, j’ai souhaité l’inviter pour cette semaine « Berlin, 20 ans après ». Elle y a répondu avec chaleur, sans doute heureuse d’évoquer un intense souvenir professionnel puisqu’elle était à Berlin lors de la chute du Mur alors qu’elle présentait à cette époque le journal de 20 h d’Antenne 2.

Autant le peintre Thierry Noir nous a parlé avec émotion et sensibilité de sa vie à Berlin, autant Christine Ockrent a balayé avec une rare intelligence les événements depuis la construction du Mur jusqu’aux récentes manifestations de nostalgie qui étreint certains Allemands issus du bloc de l’Est. A l’Ouest, on savait qui était l’ennemi. A l’Est, on était d’une certaine manière protégé. La situation actuelle nous renvoie à ce qu’André Glucksmann appelle le « difficile apprentissage de la Liberté ».

Christine Ockrent a évoqué tous les sujets avec une grande justesse, qui s’appuyait sur une analyse aiguë de l’histoire. Mais sa culture et sa connaissance de la musique apportaient à sa réflexion un supplément d’âme.

Contrairement à ce que nous a dit Daniel Barenboïm à ce micro, elle estime que l’orchestre ne peut en aucune manière représenter un modèle de société. Elle y voit un milieu très (trop ?) hiérarchisé pour qu’on puisse s’en inspirer. Le témoignage de Benoît Fromanger, ancien flûte solo de l’Orchestre de la Radio bavaroise, jeudi soir, aurait pu la faire changer d’avis lorsqu’il a évoqué « une démocratie parfaite » dans les rangs des orchestres allemands.

J’ai particulièrement aimé son plaidoyer pour une information claire, juste et équilibrée. Un journaliste ne peut changer le monde, mais l’observance d’une rigueur à toute épreuve peut contribuer à l’améliorer.

Voici le programme de son émission :

Beethoven : Symphonie n° 9 de Beethoven (Bernstein) – 4e mvt (Bernstein)

Madeleines

Lale Andersen : Lili Marleen

Scorpions : Wind of Change

Bach : Bourrée de la 3e Suite par Rostropovitch

Programme :

Symphonie n° 3 de Brahms – 4e mvt par Furtwängler et Berlin

Symphonie n° 1 de Brahms – 4e mvt par Karajan et Berlin

Tchaïkovski : Symphonie n° 5 – 2e mvt – Barenboïm et l’Orchestre du Divan

Symphonie n° 2 de Brahms – 4e mvt par Abbado et Berlin

Schubert : Symphonie n° 9 – 2e mvt par Rattle et Berlin