L’abstraction américaine et le dernier Monet

Qui imagine aujourd’hui que le maître de l’Impressionnisme soit aussi d’une certaine manière le père de l’Abstraction américaine ? C’est tout l’enjeu de cette exposition qui confronte le dernier panneau monumental des Nymphéas de Monet avec les tableaux de Jackson Pollock ou de Mark Rothko. Des artistes qui n’ont a priori rien à voir. Mais on oublie souvent que Claude Monet n’a pas toujours eu la notoriété mondiale dont il jouit aujourd’hui. Longtemps ses toiles sont restées dans l’oubli et l’indifférence, jugées anachroniques, et effacées par l’aura d’un Picasso ou d’un Dali. Mais dans les années 1950, en pleine consécration de l’Expressionnisme abstrait américain, s’enclenche une rencontre décisive entre les jeunes chefs de file triomphants de cette mouvance et Claude Monet. C’est Alfred Barr, directeur visionnaire du MoMA, qui eût l’idée géniale d’acquérir l’un des derniers Nymphéas du peintre de Giverny en 1955, et de le confronter aux œuvres des artistes abstraits émergeants. Face à une telle étendue de couleurs, à des motifs à peine discernables, à une sensation de plénitude enveloppante, cette jeune génération d’artistes ne pouvait rester de marbre.

Dans son obsession de capter l’instantanéité, Claude Monet a fini par estomper les motifs figuratifs pour ne garder qu’une atmosphère diffuse, aux frontières de l’abstraction. Ses touches vives et ses formes estompées sont une véritable révélation pour ces artistes des avant-gardes. Ils réalisent alors qu’un peintre avait maîtrisé parfaitement la technique du all-over, plus d’un demi-siècle avant eux ! Claude Monet apparait dès lors comme un prophète de la peinture abstraite, faisant ainsi naître une nouvelle notion d’Impressionnisme abstrait, inspirant à son tour des artistes comme Mitchell, Riopelle, Richter ou Kelly.

Profitez de votre visite pour admirer une fois encore cette inlassable rotonde où fleurissent les effets d’eau, de lumière et de floraison des plus incroyables Nymphéas de Monet.

 

Exposition du 13 avril au 20 août 2018 au musée de l’Orangerie

Ouvert de 9h à 18h tous les jours sauf le mardi, le 1er mai, le matin du 14 juillet et le 25 décembre.
Dernières entrées à 17h15
Début de fermeture des salles à 17h45

Jardin de Tuileries (côté Seine)
75001 Paris