La tentation de l’orient

J’ai rencontré Kurt Masur dans un hôtel chic de la rue de Rivoli. Il était prévenu par l’attachée de presse de l’Orchestre national de France que l’entretien devait tourner autour de la chute du Mur de Berlin et avait, m’a-t-on dit, accepté ces conditions. Quelques minutes avant d’entrer dans sa suite, la traductrice (qui le connaît très bien) m’a prétendu le contraire. Le maestro ne souhaitait pas qu’on aborde les questions politiques. J’avais passé la journée précédente à relire la biographie de Kurt Masur et comptais bien le faire parler de la révolution silencieuse de Leipzig et du rôle important qu’il avait joué pendant ces heures troublées de 1989. Kurt Masur a même rencontré François Mitterrand pendant plus d’une heure. C’est dire à quel point il était au centre des négociations. J’ai insisté. La traductrice a parlé brièvement avec le maestro avant que l’on ne se dise bonjour. Elle est revenue vers moi. C’était d’accord ! Pourtant, dès le début, il a refusé d’évoquer cette période. J’ai dû changer d’axe au dernier moment et improviser totalement toutes mes questions.

Même si intérieurement j’étais furieux d’avoir été ainsi abusé, je n’ai pas regretté de m’être adapté à la situation. Lorsqu’on rencontre un artiste de la taille de Kurt Masur, il faut essayer d’être au niveau et d’en tirer le meilleur.

Il a dit des choses très intéressantes sur Beethoven, Mendelssohn, Brahms et a pu livrer le fond de sa pensée sur notre époque. Il porte un constat pessimiste sur les valeurs de notre vieille Europe et estime que nous devrions nous inspirer du dynamisme dont font preuve les pays d’extrême-orient. Il a lui-même épousé une Japonaise et se sent très proche de cette région du monde. Son témoignage a le mérite d’être clair, profond et argumenté. On peut ou non partager ses opinions, mais l’on ne peut pas lui dénier une certaine hauteur de vue et un incontestable point de vue humaniste.

On peut aussi remarquer qu’en citant la devise française (en français), il s’est souvenu d’Egalité et de Fraternité, mais a mis un certain temps avant de se souvenir de « Liberté » qui, pourtant, est non seulement le début de la fameuse triade, mais son indispensable préalable dans l’esprit des Révolutionnaires du XVIIIe siècle.

Voici son programme :

Programme Kurt Masur

9e de Beethoven par K. Masur / Leipzig Live (finale – thème de l’Ode à la Joie

5e de Tchaïkovski – 2e mvt par Orchestre national de France / Masur (extrait)

Mendelssohn : Elias – Air d’Obadiah « So ich mich von ganzem Herzem » (Masur)

Mendelssohn : Symphonie écossaise – Adagio (Masur) (4 à 5 minutes)

Beethoven : Symphonie n° 1 – 1er mouvement (Masur)

Brahms : Symphonie n° 1 – 1er mvt (Masur) (extrait)

Beethoven : Symphonie n° 9 (4e mvt ) Masur

Chostakovitch : Symphonie n° 13 – 5e mvt (Masur)