La Revue de Presse du jour – 28/01/2019

La revue de presse… avec cette question : sommes-nous décadents ?

C’est (évidemment) sur une photo de Michel Houellebecq que la question est posée par La Revue des deux mondes dans sa dernière livraison…
L’auteur de Sérotonine est-il notre grand écrivain national de la décadence contemporaine ? s’interroge la revue qui répond : à priori, oui…
La tentation décadente hante les livres de Michel Houellebecq… Hante-elle aussi les esprits ? Faut-il voir dans les crises morales, civiles, sociales, politiques contemporaines le crépuscule d’une époque ?

Emmanuel Macron parle lui-même de « phénomènes profonds qui nous embarquent »…

En visite au Caire, où il doit rencontrer aujourd’hui le président Sissi, le Chef de l’Etat est revenu hier soir sur la crise des « gilets jaunes » et ses racines…
Manière de dire qu’il n’en est pas le premier responsable…
Propos rapporté par l’envoyée spéciale du Monde, Emmanuel Macron a évoqué « le mal-être profond » dans nos démocraties (Brexit en Grande-Bretagne, poussée du parti néo-nazi en Allemagne, situation italienne…)
Mais le retour de la colère, de l’envie, de la haine, du mépris nous ramène au XVIIème siècle, on parlait alors des « passions tristes », rappelle Jean-Pierre Robin dans Le Figaro.
Dans L’Union, Hervé Chabau se félicite que les foulards rouges aient fait entendre une autre expression : la raison plutôt que les passions… « N’est il pas réconfortant que des gens s’insurgent et refusent qu’on assimile les rues de France à des chambres à gaz »…
(allusion à une pancarte vue sur un cortège samedi…)
Dans Le Figaro, une page de citations de Raymond Aron, dont un abécédaire (extraits de ses livres et déclarations) sort en librairie…
Celle-ci qui a trait au général de Gaulle : « Le général de Gaulle n’a jamais caché qu’il aimait la France avec passion, mais qu’il n’étendait pas aux Français la considération qu’il avait pour l’idée de la France »…

Raymond Aron fut le grand penseur antitotalitaire du XXème siècle…

Sur les événements de mai 68, il avait déclaré ceci quelques années plus tard : « Je n’étais pas tellement furieux contre le psychodrame (les manifestations étudiantes), mais j’eusse été très furieux contre la révolution. Une révolution où l’on renversait une Constitution parce que les étudiants avaient le désir de se distraire et de palabrer indéfiniment »…
Palabrer : c’est l’objet du grand débat qui connait le succès, constate l’ensemble de la presse régionale, qui annonce les rendez-vous à venir dans chaque département…
Hier soir en Egypte, Emmanuel Macron a promis qu’il tirera « des conséquences profondes » de ce grand débat…
De l’importance de la parole ! Durant 2 semaines, La Croix va se pencher sur la parole, « ce lien essentiel et fragile dont il est urgent de prendre soin », estime ce journal. A travers des témoignages, La Croix entend démontrer que prendre la parole, et être écouté, permet de faire grandir le sentiment qu’on appelle l’humanité…

Premier témoignage, celui de l’écrivain et journaliste Philippe Lançon, rescapé de la tuerie de Charlie Hebdo…

« La parole apporte le soulagement de mieux se comprendre », raconte l’auteur du Lambeau, qui se dit par ailleurs incapable de commenter aujourd’hui la situation du pays. « Je suspends mon jugement. Je ne suis pas en état d’apporter la moindre parole juste. Je ne peux supporter ni cette violence ni, venus de toute part, les discours qui l’accompagnent. »
Au passage, Philippe Lançon, dit ne jamais regarder BFM TV, « l’antichambre de l’enfer contemporain », système d’informations continues avide d’images et de nouvelles qui finit par taper sur les nerfs, atteindre le moral.

Sur le grand débat, une impatience…

C’est par où la sortie ? demande L’Opinion dont l’édito est titré « En route pour le degré zéro de la démocratie »… Nicolas Beytout critique l’image tragiquement dégradée de la politique donnée par le mariage cathodique entre Cyril Hanouna et Marlène Schiappa…
« Aucun filtrage, aucun jugement politique, ou si peu », écrit-il. « Tout devenait défendable, tout promettait d’être réalisable : retour de l’ISF, suppression de la TVA pour les produits de première nécessité… »
Les violences divisent : Paris Normandie revient sur les affrontements et les importants dégâts à Evreux, où la manifestation a dérapé, L’Humanité dépeint les victimes du maintien de l’ordre comme des « gueules cassées », des « mutilés » qui demandent des comptes… La blessure de trop ? interroge Libération au sujet de Jérôme Rodriguès, figure du mouvement touchée à l’œil samedi à Paris…
Au sujet de la poursuite des manifestations chaque samedi : « On pourrait simplement considérer que lorsqu’on a dit ce qu’on avait à dire, il n’est pas nécessaire de bégayer à l’infini », estime Jean Levallois de La Presse de la Manche.

Mais se séparer quand on a enfilé le gilet jaune est une épreuve…

Une épreuve aussi… psychologique…
Dans Le Figaro (qui consacre sa Une au Vénézuela, avec une interview du président autoproclamé et chef de l’opposition, Juan Guaido qui affiche sa détermination à renverser la dictature de Maduro), dans Le Figaro santé, analyse des ressorts de l’incapacité à se séparer… Quitter un lieu, une situation, ou un partenaire insatisfaisant est impossible pour certains.
Pourquoi ? Comment se libérer de cette difficulté à partir, à nous détacher d’un être, d’un objet, d’un lieu (ronds-points y compris) ?

 

Michel Grossiord