La Revue de Presse du jour – 25/10/2018

La revue de presse… Partons en voyage avec l’un des écrivains les plus connus (et clivants)…

Tous à bord ! L’écrivain se hâte lentement sur le quai de la gare du Nord, à quelques minutes du départ. Même pas le temps pour une dernière cigarette…
Michel Houellebecq part pour Bruxelles, où il doit recevoir un prix, il est accompagné par un journaliste de Valeurs Actuelles…
Valeurs actuelles, « mon magazine de droite », dit Houellebecq. Dans le Thalys, compartiment première classe avec la presse sur des rayonnages, il fait mine de se réjouir alors que sa femme s’empare de Télérama, « Chic ! Il y a L’Obs… »

Michel Houellebecq se sent chez lui dans les colonnes de Valeurs Actuelles…

Et Valeurs Actuelles lui rend bien, avec une nouvelle couverture consacrée à l’écrivain, son hostilité au projet européen qui « assassine les nations » (« Je suis prêt à voter pour n’importe qui pourvu qu’on propose la sortie de l’Union européenne et de l’Otan, ça j’y tiens beaucoup »), sa hantise de la fin du christianisme supplanté par l’islam…
Pour faire contre-point, je signale le numéro du jour de Sud-Ouest qui vante les bienfaits de la construction européenne, y compris dans les territoires… Et je mentionne la tribune du politologue Zaki Laïdi dans Les Echos qui relève que Jean-Luc Mélenchon ne critique plus Marine Le Pen dont il partage l’essentiel des combats. « Il ne critique pas davantage Trump, Orban ou Salvini, alors qu’il dénonce régulièrement l’Allemagne… En réalité, la seule divergence entre Le Pen et Mélenchon porte sur l’immigration. Mais là encore les choses changent…

Reprenons notre voyage dans le train pour Bruxelles…

Houellebecq critique le récent numéro de Valeurs Actuelles qui présentait Alexandre Benalla sous un jour plutôt favorable… « Benalla, j’en ai un peu marre, pour être franc ».
Le romancier ne lira donc pas Le Monde à paraître : fuites sur l’interrogatoire de 9 heures par les juges de l’ex-chargé de mission de l’Elysée. Mis en examen pour violences volontaires, Benalla réaffirme son innocence et considère même qu’il mériterait une médaille… On lit par ailleurs dans cet article du Monde que son portable semble avoir été vidé de ses SMS à distance lors de sa garde à vue en juillet. S’agissait-il d’une prise de contrôle à distance depuis le Palais ? s’interroge Le Monde)

Revenons à Michel Houellebecq avec qui la conversation bifurque sur des tas de sujets…

Les experts économiques : « tous plus ou moins bidons », pour lui.
Le foot, l’équipe de France : il a un avis technique : la théorie du milieu de terrain a été le prétexte à trop de dérives stratégiques…
La bioéthique : il est peu choqué par la PMA pour toutes… En revanche, la GPA le révulse : « La gestation pour autrui, c’est grave, dit-il. Pour une femme, la grossesse, c’est pas rien, ça modifie son corps. Acheter un corps de femme, c’est dégueulasse. »
La GPA (aucun feu vert n’est prévu en France), thème d’une tribune d’une enseignante-chercheuse en philosophie dans Libération. Résumé brutal: « Depuis longtemps, des femmes délèguent à d’autres femmes les tâches domestiques (prendre soin de la maison)… Alors d’où vient l’embarras quand il s’agit de confier la gestation à autrui ? »

Au chapitre des évolutions sociétales, un détour par L’Obs…

Chic, comme dirait Houellebecq…
L’Obs consacre son numéro de la semaine aux relations entre politique et justice (Titre de couverture : « Le poison du soupçon »). On lit notamment une interview de François Molins, le procureur le plus connu de France : « Notre seule boussole, dit-il, c’est le respect de la loi qui fixe des règles relatives au financement de la vie politique… Ces règles, je le rappelle, ont été votées par les parlementaires ».
Mais on trouve aussi dans L’Obs un article sur un phénomène qui, reconnaît l’hebdomadaire, a de quoi étourdir le lecteur… « Une vision militante qui dérange »…
« Garçon ou fille, à l’enfant de choisir ! »
Aux Etats-Unis, des parents refusent de dire de quel sexe est leur enfant pour éviter d’influencer leurs bébés…

Quand on leur demande, ils ne répondent pas « c’est une fille » ou « c’est un garçon » ??!

Non. Inutile d’insister. Ils esquivent. Et donnent généralement un prénom neutre et rare à leur enfant non genré (un nom de fleur sauvage, d’un oiseau ou d’un conifère… Aster… Oriole…)
On rencontre dans ce reportage un couple vivant à Brooklyn qui a un superbe bébé (Sojourner), âge de 9 mois et qui a décidé de ne pas « assigner » à son nouveau né le genre que l’on déduit généralement en regardant son anatomie, comme l’écrit L’Obs…
Sur le certificat de naissance de Sojourner, il y a 4 étoiles à la place du genre (permis par l’Etat de New York)…
Côté vêtements et jouets, les parents achètent aussi bien dans les rayons fille que garçon : l’enfant se prononcera lui-même sur son genre à partir de 4 ans…

 

Michel Grossiord