La Revue de Presse du jour – 18/02/2019

La revue de presse… Maintenant, les journaux disent clairement STOP !

Stop… je cite Sud-Ouest : « Les samedis sont devenus les théâtres de pensées effrayantes… Des défilés de passions haineuses où ne s’exprime que la détestation de l’autre… »
Stop sur toute la Une du Parisien : « Marre de cette haine ! »
« Les abominations antisémites et les violences répétées contre les symboles de la République ne sont pas des dérapages isolés », tient à souligner Le Parisien…
Le Figaro parle de « hordes vociférantes », d’une « meute montrant le visage hideux du pogrom »…
« Des pue de la gueule », pour Le Courrier Picard… Le Midi Libre parle de vomissures…
Le mouvement des gilets jaunes s’est à la fois « radicalisé et crétinisé », pour Les Echos…

Bascule très nette de la presse donc…

Oui, mais Yves Harté de relever dans Sud-Ouest qu’il aura fallu beaucoup de cécité, beaucoup de lâcheté et beaucoup de déni avant que la presque totalité du corps politique français ne se rende à l’évidence : ces défilés rassemblent les haines recuites et les ressentiments…
La Voix du nord évoque la décrépitude, celle du pays… Les responsabilités sont partagées : un gouvernement impuissant, mais aussi une opinion anesthésiée, une classe politique complice ou indulgente…
La presse bascule donc au moment où des sondages indiquent un renversement de l’opinion…
Dans Libération, reportage sur la manifestation d’hier à Paris (supposée calme, mais l’aide-soignante Ingrid Levavasseur a dû être exfiltrée sous les insultes, lit-on partout ailleurs) : « De tels actes, ça nous fait du tort »… ainsi est titré l’article qui évoque… les accents antisémites dans le cortège !
L’édito de Libé propose un tour de force en matière de casting: « Il est temps que les leaders ou porte-parole des gilets jaunes Maxime Nicolle ou Eric Drouet se désolidarisent publiquement des abrutis qui les salissent et salissent le pays »…
Il est temps, il était déjà temps l’autre semaine quand à Strasbourg (c’était le 2 février) le cortège des manifestants a croisé quelques juifs qui se rendaient à la synagogue pour l’office de Shabbat… Paroles de mort, insultes et abominations déjà ce samedi-là, rappelle dans Le Monde le philosophe Gérard Bensussan qui s’insurge contre le discours du « pas d’amalgame »…
Le « pas d’amalgame », on l’entend dans la bouche d’un postier qui manifestait hier à Paris (le reportage que je citais à l’instant)… « Nous ne sommes pas tous antisémites ou homophobes, gare aux amalgames… »

Les injures adressées à Alain Finkielkraut ont souligné le malaise et les divisions à gauche…

C’est ce que développe Le Monde, alors que le suspect de l’agression contre l’académicien (l’homme à la barbe rousse) a évolué dans la mouvance islamiste, a révélé Le Parisien…
Quelques personnalités ont brisé le concert de réprobations: l’avocat Jean-Pierre Mignard a estimé qu’il avait eu ce qu’il cherchait… Le politologue Thomas Guénolé, candidat sur la liste de la France insoumise aux élections européennes, a refusé de plaindre Alain Finkielkraut… et l’a accablé plutôt.
Jean-Luc Mélenchon a réagi de manière alambiquée, souligne aussi Le Monde…
« Accuser la victime derrière une compassion de façade est un grand classique des lâches », fait valoir dans Le Figaro le philosophe Robert Redecker qui écrit que les agresseurs s’avançaient sur le chemin du lynchage, ils auraient laissé Finkielkraut pour mort sur le pavé s’il n’y avait pas eu de témoins…

On a beaucoup dit que le mouvement des gilets jaunes avait permis de libérer le langage…

Oui, un aspect positif, pour le psychanalyste Jean-Pierre Winter dans La Croix (qui consacre un numéro spécial aux trois mois de crise… Ce qu’elle dit de nous)…
Le psy estime donc que la crise a révélé le désir réprimé jusque là de prendre la parole… Nous avons besoin d’échanger, parfois même des propos vides de sens… car dans notre société la parole tend à disparaître totalement : les services après-vente l’illustrent de manière caricaturale…
Voilà pour le psy, mais l’historien Denis Peschanski met en exergue lui dans Le Parisien la désinhibition de la parole, avec la haine et le racisme que l’on crache à la gueule de l’autre…

Dans le dossier de La Croix, une parole d’artiste…

Le contre-ténor Philippe Jaroussky, fondateur d’une académie destinée à valoriser les jeunes talents… Il oeuvre à développer la mixité sociale dans l’univers de la musique classique… mixité trop faible au sein du public et sur scène…
25 jeunes musiciens l’an dernier dans son académie, 50 cette année, 75 l’an prochain…
La réussite via la culture…
Philippe Jaroussky aide à l’épanouissement des enfants via la pratique d’un instrument, ce qui lui permet de sortir de sa bulle (les concerts dans les mêmes salles devant les mêmes publics)
On a aussi besoin d’exemples positifs d’engagement, pour rompre avec le climat de haine dont il aura été encore trop question ce matin…

(On écoute Philippe Jaroussky : J’ai perdu mon Euridice…)

 

Michel Grossiord