La Revue de Presse du jour – 16/04/2019

Chaque matin, Michel Grossiord décrypte l’actualité et vous partage sa Revue de Presse

La revue de presse… Une douleur mondiale

Le drame occupe tous les journaux, en France comme à l’étranger… Mais comme pour nous détourner des mutilations du chef d’œuvre gothique et apaiser cette douleur unanimement ressentie devant un tel désastre et le spectacle de Notre-Dame se faisant manger par les flammes, la reconstruction est déjà évoquée…
Avec foi dans La Croix. « On peut en faire le pari : Notre-Dame de Paris renaîtra de ses cendres. Tout un peuple y veillera. Tout un peuple fêtera la réouverture de ses portes ».
Tout un peuple, c’est-à-dire nous autres, Français, païens, croyants ou athées, précise La Provence qui l’assure avec conviction également à la Une: « Les ruines, les avanies, les pillages, Notre-Dame de Paris a déjà connu tout ça… Chaque fois qu’elle a été défaite, elle s’est refaite comme le Phénix. La résurrection viendra… »
Renaissance, résurrection : Notre-Dame renaîtra de ses cendres, insistent aussi Ouest-France et Les Dernières nouvelles d’Alsace qui soulignent que ce qui s’est effondré hier soir (partiellement), ce n’est pas qu’un bâtiment religieux aussi remarquable soit-il : c’est une partie de l’âme de la France…

Et s’il fallait retenir un article pour décrire ce que nous avons tous ressenti hier soir ?

On peut citer l’éditorial de Sud-Ouest, signé Yves Harté…
« Ce fut d’abord un sentiment de sidération et d’incrédulité. Non, le feu ne pouvait gagner. Il ne pouvait pas ainsi dévorer une cathédrale. Et surtout celle de Paris, au centre de la capitale, sur l’île de la Cité, l’une des plus connues au monde. Non, le feu ne saurait vaincre ce que ni les ans, ni les invasions, ni les révolutions n’avaient su terrasser.
On regardait les flammes qui grandissaient, jaunes et rouges, pointues comme des langues. On regardait le feu ramper et gagner du terrain, courant sur les toits, réapparaissant entre des grandes fusées écarlates.
Ce qui brûlait devant nous, en cette semaine Sainte, était le passé qui unissait. Il est des édifices plus puissants que les idéologies. C’était un voile de deuil qui recouvrait la France ».
Fin de citation de ce beau texte d’Yves Harté de Sud-Ouest.
Deuil, tragédie, drame national, désastre, larmes sont les mots qui reviennent à la Une des journaux…

Même de L’Equipe !

Des Echos aussi, qui titrent sur la tragédie de Paris…
Mais le sport aussi pleure Notre-Dame, tient à souligner L’Equipe dont l’article en page 2 est titré « Notre-Dame, si beau décor… »
Le parvis n’a jamais été un lieu de départ d’événements sportifs (même si Notre-Dame constitue le point zéro des routes de l’Hexagone), mais quel décor !
Les marathoniens de Paris pouvaient chaque année admirer son toit, ses tours et la flèche… En 2009, la dernière étape du Tour de France est passée tout à côté quai de Montebello avec Contador en maillot jaune… Plus loin dans l’histoire, la cathédrale avait vu devant ses murs plusieurs épreuves parcourant la capitale : d’aviron, de course à pied ou de natation, comme La Traversée de Paris à la nage, organisée par L’Auto, l’ancêtre de L’Equipe de 1905 à 1945…

Evidemment, c’est l’Histoire tout court qui est surtout évoquée par les autres journaux…

La cathédrale, racontent en détails Vincent Trémolet de Villers dans Le Figaro et Laurent Joffrin dans Libération, aura connu tous les soubresauts de l’histoire de la capitale depuis le Moyen Age…
Des photos : la célébration du Te Deum le 17 novembre 1918…
Le 26 août 44, Leclerc, la 2ème DB et le général de Gaulle y entendent le Magnificat royal : Paris est libéré… Au moment d’entrer, des tireurs des toits prennent la foule pour cible, et, dit-on, le Général est l’un des seuls à rester debout, avant de pénétrer d’un pas lent sous la nef.
Des tableaux : Napoléon se sacre empereur, immortalisé par David, prenant des mains du pape la couronne pour se la poser sur la tête, puis pour couronner à son tour Joséphine.
Une gravure montre le mariage de Henri de Navarre, futur Henri IV, et de Marguerite de Valois, la reine Margot, en août 1572…
Est aussi rappelé que c’est encore à Notre Dame, derrière un pilier, dit-il, que Claudel embrasse la foi…

La foi, parlons-en tout de même…

Que nous en soyons conscients ou pas, la cathédrale dit notre enracinement dans une histoire où la foi chrétienne a tenu une place décisive… observe Guillaume Goubert de La Croix. « Cette époque l’oublie mais l’aspiration demeure : une église symbolise toujours la rencontre du ciel et de la terre… »
Dans L’Opinion, Nicolas Beytout note aussi que le drame nous rappelle les racines d’un peuple : elle était loin, hier, la France divisée, mais il ne faut pas rêver. L’actualité reprendra vite le dessus.
Un morceau de l’histoire de France qui disparaît en quelques heures, et l’actualité qui reprendrait le dessus bien vite ?
Tout message politique est aujourd’hui inaudible, mais cette trêve, confirme Frédéric Dabi de l’Ifop, ne durera en effet que quelques jours… Et on retrouvera la France divisée…

Michel Grossiord