La Revue de Presse du jour – 10/04/2019

Chaque matin, Michel Grossiord décrypte l’actualité et vous partage sa Revue de Presse

La revue de presse… Il y a pire que le fog, il y a la brouillasse…

Le mot en lui-même nous plonge dans une purée de pois un peu grasse et marronnasse…
La brouillasse !
C’est le mot choisi par Arnaud de la Grange pour l’édito du Figaro : la brouillasse ne cesse de s’épaissir à Londres, Londres qui frappe à la porte de l’Union européenne pour demander un nouveau report du Brexit…
Mais pourquoi faire ? demande Le Figaro sur toute la largeur de la Une, craignant que ce nouveau report (on parle même d’un an) ne complique encore plus les choses plutôt que les clarifier.
Mais il y a une forme de continuité dans les relations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, relève Libération : depuis leur intégration en 1973, les Britanniques se sont évertués à obtenir des dérogations… Et c’est encore le cas lors de leur sortie…

L’avertissement du général de Gaulle il y a 50 ans prend tout son sens !

Avertissement prophétique de celui qui opposa son veto à deux reprises: le 27 novembre 1967, le général de Gaulle prévenait qu’accepter le Royaume Uni, ce serait pour les Européens « donner d’avance leur consentement à tous les artifices, délais et faux-semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peines et au milieu de tant d’espoirs »…
Libération et Le Figaro citent de Gaulle ce matin…

Mais le référendum, qui a conduit au Brexit, ne manque pas de partisans ces temps-ci…

Les référendums et autres consultations populaires -d’initiative populaire- ont le vent en poupe, mais une voix s’élève pour mettre en garde : la sociologue et politologue Dominique Schnapper, ancienne membre du Conseil constitutionnel…
« Les référendums me paraissent dangereux, dit-elle au Figaro, car la réponse du non est devenue systématique, quelle que soit la question… Regardez les conséquences du référendum britannique sur le Brexit… »

Le référendum serait un gage de démocratie, disent ses défenseurs…

Dominique Schnapper dit le contraire, voyant d’ailleurs la démocratie en danger : en France, plus du tiers des jeunes remettent la démocratie en cause. « Ce chiffre renvoie (selon elle) à la faillite d’un système éducatif et s’inscrit dans le délitement général de la société. Comme la nature politique a horreur du vide, on peut craindre l’avènement d’un régime autoritaire »…
Grand vainqueur qui a réussi son pari exceptionnel dans les démocraties occidentales (obtenir un 5ème mandat), Benyamin Netanyahou n’est pas vu comme un démocrate par la presse française…
Pour Le Monde, le premier ministre israélien pourrait rédiger un manuel de survie à l’attention des mouvements populistes et identitaires en ascension dans le monde.
Il appartient, selon La Voix du Nord, au cercle des apprentis sorciers qui ne cesse de s’élargir : Bibi a choisi l’outrance, le cynisme et la radicalisation politique comme stratégie, écrit Jean-Michel Bretonnier dans le journal de Lille pour qui il est inquiétant de voir se généraliser sous toutes les latitudes les mêmes recettes à base de grosses ficelles dans la conquête du pouvoir comme dans son exercice…

La démocratie, le thème revient sous des angles différents dans la presse ce matin…

Laissons sa chance au tirage au sort, proclame Libération.
« Désigner au hasard des citoyens pour les associer à certaines décisions publiques : le procédé pourrait se révéler un bon complément au vote », soutient le journal.
Le tirage au sort, une idée pas si hasardeuse…
Si tout de même, corrige Laurent Joffrin. Quel citoyen, quel électeur acceptera d’être dirigé par des représentants qu’il n’aura pas désignés ? Selon le hasard de la désignation, la France virerait à droite ou à gauche, resterait ou sortirait de l’Europe, choisirait telle ou telle politique…
« Un peu fort de café, tout de même »… (Libé en convient)

Fort de café aussi, la mise à l’écart des experts…

Les experts, les spécialistes… écartés au profit des « vrais gens » dont le jugement compte autant, se désole Nicolas Beytout dans L’Opinion.
Le relativisme a envahi notre société où désormais tous les avis se valent… Le Sénat a même envisagé hier de demander à Eric Drouet, le leader gilet jaune, son avis sur la privatisation d’Aéroports de Paris : certes les experts ont de grands torts, ironise Nicolas Beytout : leur savoir s’appuie sur de longues études (donc ils sont issus de milieux favorisés), ils se concentrent sur les chiffres (symbole de leur déconnexion de la vie réelle). Surtout, ils ont une chance de bien gagner leur vie, ce qui les rattache odieusement à l’élite et finit de leur ôter toute légitimité…

On referme la revue de presse sur cette thématique ô combien fondamentale de la démocratie…

Le problème, c’est lui, titre L’Express… parlant d’Emmanuel Macron comme d’un chef sans troupes (piètre DRH, il ne sait ni recruter, ni gérer, ni virer…
Le président séduit mais ne traite pas. Ils sont nombreux à raconter la même histoire : il vous parle les yeux dans les yeux, vous êtes seul au monde avec lui et… il vous oublie
Mais autre article de L’Express qui nous ramène à la démocratie : le problème c’est elle… Elle, Hélène Carrère d’Encausse qui plonge l’Académie française dans une impasse démocratique (du moins on lui impute)… L’institution ne parvient pas à trouver un successeur au fauteuil de Michel Déon. La question est posée : la (elle dirait : madame LE) secrétaire perpétuelle doit-elle passer la main après 20 ans de règne ? On l’appelle la Tsarine… mais c’est le destin qui décidera, précise Hélène Carrère d’Encausse…
Comme on lui souhaite longue vie, Erik Orsenna qui veut continuer à faire de la voile (officiellement pas intéressé) peut entreprendre des voyages au long cours…

 

 

Michel Grossiord