La Revue de Presse du jour – 06/12/2018

La revue de presse… Liberté, Egalité, Fraternité…

La devise de la République que Gérard Larcher voit désormais en danger. « Il faut sauver la République ». Citation du président du Sénat à la Une de L’Opinion qui titre sur la montée des périls…
Emmanuel Macron cherche des relais sur cette crainte d’un basculement vers le chaos, mais du côté des oppositions politiques, constatent Les Echos, ce sont les « artificiers » que l’on entend avec leurs « déclarations incendiaires ».
Quel espoir d’un « sursaut républicain dans ce climat très dégradé ? » s’inquiète L’Union de Reims quand Le Parisien le dit avec force : « Il faut se battre pour que la République ne vacille pas »…

Comme un symbole, une photo est à la Une de plusieurs hebdomadaires…

Un visage défiguré. Celui de la statue « La Marseillaise » qui a été brisée samedi dernier à l’Arc de Triomphe…
Cette photo d’une Marianne qui se trouvait à l’intérieur du monument illustre les couvertures du Point et de La Vie avec cette légende : Jusqu’où ?
Jusqu’où ? Cette question se fait plus précise, c’est plutôt désormais : combien… de morts ?
Il y a une citation assez incroyable, dans Le Figaro, d’un proche du chef de l’Etat : « S’il y a dix morts ce week-end, il n’est pas sûr qu’on puisse garder le ministre de l’Intérieur »…
Si ce drame arrive, les questions seront bien sûr tout autre alors que toute la presse, du Figaro aux Echos, juge déjà l’exécutif très affaibli…

En revanche, les gilets jaunes restent toujours aussi populaires !

C’est le constat et la manchette de Nice Matin…
Comparativement, le pouvoir est « au bord du gouffre », titre Valeurs Actuelles sur une photo du Chef de l’Etat.
Libération évoque un « vaisseau fantôme »… MAIS, car il y a un mais dans Libération, et il concerne le mouvement des gilets jaunes et ses ambiguïtés : si les revendications sociales sont convaincantes, la défiance envers toute représentation confine au nihilisme politique. Laurent Joffrin y trouve des relents de « poujadisme dans sa détestation de la classe politique et dans son allergie à toute délégation »…

En matière de détestation, le summum est atteint avec la personne d’Emmanuel Macron.

Un torrent de haine est déversé sur le chef de l’Etat, résume L’Opinion, un sentiment qui n’a rien à voir avec ce que fut la détestation de Nicolas Sarkozy ou le rejet moqueur de François Hollande…
Emmanuel Macron peut vérifier ces jours-ci l’assertion de Gustave Le Bon dans la psychologie des foules en 1895 : « Les foules ne connaissent que les sentiments simples et extrêmes »…
Confirmation de ce très fort ressentiment (parfois physique) à l’égard du président de la République dans tous les reportages aux ronds-points que l’on peut lire dans Le Monde, Le Parisien, Libération, toute la presse régionale…
Mais cette haine n’est pas le seul sentiment qui s’exprime dans les bivouacs… Nous citions la devise de la République Guillaume… La fraternité est au cœur des barrages où se nouent la solidarité… et où, salue Le Figaro dans son édito signé Vincent Trémolet de Villers, la classe moyenne trouve aussi l’amitié du monde qui humanise la vie quotidienne (sociabilité, communauté d’expérience, fête collective…)

C’est vrai qu’il s’y passe des choses étonnantes à ces carrefours…

On se sent stimulés, on a un but !
Des personnes âgées racontent trouver une nouvelle famille…
Les coups de klaxon de solidarité ne cessent pas. « Ca nous réchauffe le cœur »…
Des victuailles sont livrées.
« C’est parce qu’on est des gentils gilets jaunes, d’ailleurs on nous appelle les Minions, comme dans le dessin animé », s’amuse un motard d’une soixantaine d’année installé au rond-point de Cocherel à Evreux dans l’Eure…

Mais ce n’est pas partout pareil…

L’univers des gilets jaunes n’est « quand même pas », précise Libération, une colonie de vacances peuplée de Bisounours…
L’un des leaders des gilets jaunes, le dolois Fabrice Schlegel (qu’on a beaucoup vu sur les plateaux de télé), dit à l’AFP ne pas sentir les choses très bien. « Il y a une émulation révolutionnaire, on ne pense plus à celui qui n’a pas assez, on pense à celui qui a trop ».
Il dit qu’au péage où il est installé dans le Jura depuis le début du mouvement, certains désormais se braquent quand arrive une grosse voiture, et veulent l’arrêter et la cibler…
Le titre de l’article de Libération sur un rond-point de l’Autoroute A 1 est une citation d’un gilet jaune : « Le mec dont la Porsche a été pétée, il en aura une autre la semaine prochaine. Eux ils ont des assurances qu’on n’a pas »…

« Eux… » Les riches…

Le totem de l’impôt sur la fortune revient au cœur des débats, beaucoup de manchettes sur le coût de sa suppression et de son impact psychologique… (Dossiers dans La Croix, La Charente libre, L’Obs qui titre ISF la faute fiscale)…
Eux ? Ceux qui peuvent s’offrir… le luxe.
Supplément de L’Opinion ce matin, Affaires de luxe… sur lesquelles il ne faudrait pas se tromper. Je lis (paroles d’experts) : « Désormais la richesse s’exprime moins dans la quête de l’abondance que dans une forme d’ascèse. Objectif : l’épanouissement. Le luxe commence à intégrer des valeurs comme l’écologie et le développement durable. Le luxe devient l’outil du développement personnel et de l’épanouissement ».
Euh, j’ai l’impression de jeter à mon tour de l’huile sur le feu…

Michel Grossiord