LA « RÊVE PARTIE » DE KARINE DESHAYES

Karine Deshayes et l'ensemble Contraste mettent à l'honneur des airs connus et des pièces instrumentales du romantisme français qui ont animé les salons.

Impression d’entrer comme par effraction dans le secret de musiciens qui jouent d’abord les uns pour les autres. Hélène Cao rappelle très justement dans sa belle notice l’aller-retour de certaines pièces ici réunies entre le salon, le concert et la scène. C’est dire si leur interprétation doit être avant tout libre. Libre dans l’agencement de pièces chantées et de pièces instrumentales (" Le Cygne " de Saint-Saëns, la Romance pour violoncelle de Fauré, la Méditation de Thaïs de Massenet, etc.). Libre dans les arrangements exquis apportés par Johan Farjot à des mélodies où le piano est rejoint par les cordes (L’Absent de Gounod en est transfiguré). Libre dans le choix de mélodies où la pièce domestique côtoie les déploiements de La Chanson perpétuelle de Chausson, ou fait droit à une Captive, mélodie admirable et trop rare de Berlioz.
Entre les interprètes, l’entente – on le sait – est parfaite, et ce n’est pas seulement leur écoute mutuelle ici qui frappe, mais l’espèce d’attention délicate et respectueuse qui les anime. Karine Deshayes est-elle ici la vocaliste parmi les instrumentistes ? la diva de service ? ni l’un ni l’autre : elle est une sorte d’égérie amicale. Éminente et proche à la fois. Son chant est d’une séduction et d’un naturel que le travail seul rend possible.
Tout est posé avec un tact idéal, les couleurs varient avec une justesse dont on craignait qu’elle ne se fût perdue dans la mélodie française. Elle n’est pas précieuse, elle est précise : ainsi, cette Captive de Berlioz où se mêlent un impalpable sourire et une nostalgie douce, par la simple coloration des voyelles. Ou la phrase " tu m’aimeras aussi longtemps que tu pourras " déjà lourde d’une tristesse prémonitoire. Du cousu main qui fera de l’usage.
Karine Deshayes (mezzo soprano)
« Après un rêve » : Airs et mélodies de Massenet, Gounod, Godard, Chausson, Fauré, Saint-Saëns, Berlioz
Ensemble Contrastes
Aparté AP106 (Harmonia Mundi).
2014. 72’
Nouveauté