La mémoire sélective d’Alain Finkielkraut

Pas commode Alain Finkielkraut ! Je lui ai fait remarquer juste avant l’émission que l’une de ses Madeleines (une chanson de Paul McCartney) datait de 1997 et que cela ne pouvait constituer un souvenir d’enfance. Il s’en fichait mais s’est rendu compte qu’il s’était trompé de titre. Yann le lui a aimablement changé et lorsque je lui ai dit qu’on en diffusait que quelques secondes, il s’est montré contrarié et a insisté qu’on diffuse la chanson jusqu’au refrain. Gentiment, je lui ai signalé que ce n’était pas le principe de cette séquence. « Tant pis, vous avez invité un emm…, c’est comme ça ! » Okay, allons-y comme ça. Pendant l’émission, il trouvait tous les morceaux trop longs et s’impatientait de ne pouvoir parler. Ah, ces philosophes !

Il a été sincère et a déclaré son peu d’attrait pour la musique, mais tous les morceaux qu’il avait choisis avaient un sens pour lui et c’était de grandes oeuvres. Alors !

A la fin de l’émission, je lui ai fait remarquer que les philosophes éprouvaient une certaine gêne vis-à-vis de la musique parce qu’elle exprimait quelque chose qu’ils ne pouvaient pas plier au gré de leurs concepts. « Chez moi, c’est surtout un manque d’éducation et de connaissance », m’a-t-il répondu. Peut-être, mais l’on est en droit de ressentir sans forcément expliquer ou analyser, exercice auquel les intellectuels ont du mal à se livrer. La musique exprime ce que les mots ne peuvent dire. Face à elle, Alain Finkielkraut est parfois, pour reprendre une expression de Marcel Proust « comme une poule devant un couteau ».

Alors qu’il attendait son taxi, je lui ai demandé si la musique l’avait aidé lorsqu’il était malade car je savais qu’il avait traversé de douloureux moments. « Quand j’étais malade, non, mais, dès que j’ai été mieux, j’ai beaucoup écouté les concertos de Mozart », m’a-t-il confié. Je lui ai fait remarquer que Mozart dans ses derniers concertos développait une idée de l’acceptation de la mort et que ce n’était pas un hasard, même si cela paraît paradoxal, qu’il n’ait eu envie de les écouter qu’une fois guéri ; que cela rejoignait le sens du tragique qu’il appelait de ses voeux. Il a eu l’air intéressé et j’ai regretté de ne pas avoir osé abordé ce sujet à micro ouvert.

Voici son programme :

Morceau préféré:

Schubert, trio pour piano, op 100, andante (Wanderer)

Madeleines:

Avec le temps, Ferré

Great Day de Mc Cartney sur l’album Flaming Pie

Nino Rota : Amarcord

Programme classique:

Debut de la Passion selon Saint Matthieu

Mozart, concerto n°20 pour piano et orchestre par Clara Haskil (2e mvt)

Grande sarabande de Haendel (Barry Lindon)

Debut du concerto pour piano en sol de Ravel

Symphonie n° 1 de Mahler – 3e mvt – Abbado

Debut du Stabat Mater de Pergolese (Abbado)

Variations Goldberg par Gould (générique de son émission sur France Culture)