La Machine de Turing : des Molières amplement mérités !

Mais que ces Molières sont mérités ! Dès l’automne, nous vous parlions de cette pièce aujourd’hui multi-récompensée, racontant le destin hallucinant et tragique du mathématicien britannique Alan Turing. Un véritable coup de cœur

 

Turing, c’est l’homme qui brisa les codes d’Enigma, la machine qui permettait de crypter tous les messages nazis

Machine qui rendait fous les services de renseignements anglais qui travaillaient d’arrache-pied à en percer les secrets. En vain.

Conscients que comprendre son fonctionnement leur donnerait un avantage décisif, les services secrets britanniques réunirent en 1939 une équipe de cruciverbistes et de champions d’échecs, et ils allèrent chercher, à Cambridge où il enseignait, Alan Turing. Un génie bègue, dépenaillé, asocial, qui construisit une machine géante, un calculateur dont il fit tourner les rotatives jour et nuit pendant 2 ans jusqu’à enfin à trouver la clé du mystère

Grâce à Turing, la guerre, selon l’estimation des historiens, a été raccourcie de 2 ans

Des centaines de milliers de vie ont été épargnées. L’Angleterre lui devait la victoire et pourtant elle se montra bien ingrate. Le MI6 fit clairement comprendre à Turing qu’il avait intérêt à tenir sa langue.

Privé de reconnaissance, rongé par son secret, par ses secrets, car Turing pour son malheur aimait les hommes… Condamné pour homosexualité, illégale au Royaume-Uni jusqu’en 1967, Turing est astreint à la castration chimique mais choisit de se suicider en croquant une pomme empoisonnée, celle là-même qui est l’emblème d’Apple.

La pièce – biopic romancé certes, est remarquablement menée par deux comédiens magnifiques

Amaury de Crayencour joue quatre personnages. Benoit Solès campe un Turing plein de tics qui a la naïveté désarmante de l’enfant inadapté et la puissance intellectuelle du génie visionnaire.

Cette pièce porte aussi en germe une profonde réflexion sur le futur. Turing a en effet inventé une machine pour laquelle il avait une si grande tendresse qu’il a été le premier à se demander : les machines peuvent-elles penser ? Question on ne peut plus actuelle, à l’heure où les intelligences artificielles en semblent bien capables….

 

Elodie Fondacci

 

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