La lumineuse blessure de Janine Boissard

Ecrivain à succès, plus habituée aux gros tirages qu’à la reconnaissance critique, Janine Boissard est un artisan sérieux qui connaît son métier lequel consiste à toucher les foules. Elle le fait avec sincérité et application. Mais on ne peut pas tout avoir dans la vie. Dans la matinale de Guillaume Durand, Jean d’Ormesson avouait qu’il aurait préféré, s’il avait pu choisir, toucher 3 000 lecteurs dans vingt ans que 300 000 aujourd’hui. Las, n’est pas François Mauriac ou Julien Gracq qui veut. Mais il vaut mieux être Jean d’Ormesson qu’un pâle épigone de Mauriac.

Janine Boissard se reconnaît dans la phrase de Braque : « L’art est une blessure qui devient lumière ». Sa blessure remonte à l’enfance. Elle était une petite fille qui n’intéressait personne, que l’on raillait et qui se sentait trop émotive pour réagir. Elle a travaillé le piano avec une élève de Marguerite Long, mais lorsqu’est arrivé le jour du concert, elle n’a pu émettre un son tant ses doigts étaient paralysés par le trac. Alors elle s’est mise à écrire pour trouver l’amour qui lui avait tant manqué. Le succès est arrivé comme une revanche, mais jamais la blessure ne s’est jamais refermée ; sinon sa source se tarirait. L’amour du public est un tonneau des danaïdes : il en faut toujours plus et cela ne comble rien. « Il n’y a pas d’amour heureux ». Aragon l’a déjà dit, Brassens l’a chanté et Janine Boissard ne le sait que trop. Heureusement, la musique est là pour le lui faire oublier.

Voici son programme :

Morceau préféré:

Kathleen Ferrier: Kindertotenlieder de Mahler. Morceau 2 – Kathleen Ferrier

Madeleines:

Piaf, Hymne à l’amour

Satie, Gymnopédie n°1

Nana Mouskouri : Bachianas brasilieras n° 5 de Villa Lobos

Programme Classique:

Rameau, Hymne à la nuit

Schumann, L’amour et la vie d’une femme, Lied n°2, Lotte Lehmann et Bruno Walter au piano

Les amours du poète, morceau n°1 chanté par Hervé Lamy (son ami) accompagné par Catherine Boppe

Traviata, Sempre Libera (Anna Netrebko)

 Un extrait du dernier album de Bartoli « Sacrificium » : Ombra mai fu

Brahms, Concerto pour violon, Adagio, Isaac Stern