La France peut bloquer une partie des rachats étrangers : est-ce une bonne idée ?

La France va renforcer son arsenal juridique pour protéger ses entreprises des OPA étrangères. Mais il faut s’attendre à une réplique identique des autres pays et espérer que l’Etat se retirera le plus vite possible du capital des entreprises aidées.

 

L’Etat pourra désormais bloquer un rachat étranger dès une montée à 10% du capital

On a depuis longtemps une loi qui permet à la France d’éviter que des investisseurs étrangers puissent prendre le contrôle d’entreprises françaises, et ce, dans une vingtaine de secteurs que l’on juge stratégiques, comme l’énergie, les transports, la santé ou les médias. Jusque-là, le gouvernement avait le droit d’intervenir et de bloquer des prises de participations au-dessus de 25% d’un investisseur extra-européen dans 1 de nos pépites. Il pourra désormais grâce à un nouveau décret bloquer administrativement un rachat dès 10% du capital.

 

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A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Il faut donc renforcer cet arsenal juridique. On vit une crise d’une violence inouïe, qui va avoir 2 conséquences pour les entreprises. La première, c’est que leur chiffre d’affaires et leur rentabilité vont être très sérieusement impactés. Nos groupes vont être plus fragiles. Et du coup, leurs capitalisations vont reculer. Il faudra du temps avant que les cours de la Bourse ne remontent.

 

 

 

L’Etat devra se désengager dès qu’il le pourra, pour ne pas assister à un bond en arrière du libéralisme

Du coup, nos entreprises vont représenter des proies hyper-tentantes, car après la crise, il y aura forcément un rebond et certains pourraient se dire qu’il faut acheter ces entreprises en bas de cycle. C’est le moment de faire des bonnes affaires, surtout que les taux d’intérêt sont bas, que les fonds regorgent d’argent et qu’ils n’ont pas eu le temps de dépenser. Il y a des cibles et des prédateurs. C’est pour ça que la France veut protéger son tissu industriel. Mais, il ne faut pas être naïf. Tous les pays vont le faire. Il n’y a pas de raison que la France soit seul à laisser filer son patrimoine économique. On a besoin de maintenir des centres de décision dans l’Hexagone.

 

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Simplement, il ne faudrait pas qu’à la faveur de cette crise, on assiste à un grand bond en arrière du libéralisme et à un retour d’un Etat tout puissant. Il ne faudrait pas que les mesures temporaires deviennent définitives, que l’exceptionnel devienne la norme. Nous aussi, nous voudrons un jour jouer le jeu de la mondialisation et racheter des entreprises à l’étranger. Si on a totalement fermé nos frontières, les autres aussi nous claquerons la porte au nez. Si on se bouche le nez quand des étrangers veulent investir chez nous, on pourrait aussi se priver de capitaux.

 

David Barroux