La folle enquête de Stieg Larsson

On se souvient évidemment de Millenium, la trilogie aux 88 millions d’exemplaires vendus ! Et de son auteur Stieg Larsson qui n’avait même pas pu savourer le succès phénoménal de son œuvre, car il avait été fauché par une crise cardiaque, quelques mois avant la publication des aventures de Lisbeth Salender et du journaliste Mikaël Blomkvist.
Ce dont vous ne vous souvenez peut-être pas en revanche, c’est qu’avant d’être un écrivain de polar connu sur toute la planète, Stieg Larsson était un journaliste d’investigation engagé contre l’Extrême-droite, qui a travaillé pendant des années sur l’affaire Palme.
En 1986 le premier ministre Olof Palme est assassiné en pleine rue, alors qu’il sort du cinéma avec sa femme. L’assassin lui tire une balle dans le dos avant de se volatiliser purement et simplement. Est-ce l’œuvre d’un fou isolé ? Un complot soigneusement planifié ? Un meurtre politique orchestré par le PKK kurde ? Les hypothèses les plus diverses sont évoquées. Mais le mystère restera entier : la plus célèbre affaire criminelle de la Suède contemporaine ne sera jamais élucidée. Dans ce pays dont on vante généralement le modèle social comme emblématiques de la social-démocratie, c’est un véritable traumatisme collectif
A ce moment-là, Stieg Larsson est tout jeune : il travaille alors comme graphiste pour une agence de presse suédoise et il se passionne pour ce meurtre. Extrêmement méthodique et brillant, il épluche les procès-verbaux et les articles, échafaude des hypothèses… mène son enquête indépendamment de celle des forces de l’ordre.

Contrairement à la police, lui croit mordicus à la piste de l’Extrême droite. Il a toujours soutenu que la Suède refusait d’ouvrir les yeux sur l’existence de très puissants mouvements Néo-Nazi sur son territoire. Sombre héritage de la Seconde Guerre Mondiale pendant laquelle le pays avait compté beaucoup de sympathisants au Troisième Reich.

C’est d’ailleurs cette certitude qui va l’obséder toute sa vie. Pendant toute sa carrière Stieg Larsson n’a eu de cesse de pister les réseaux suprématistes et antisémites, jusque dans leurs arborescences à l’étranger, alertant sans relâche sur la menace qu’ils représentaient envers les démocraties de son pays et de l’Europe entière. Une intuition dont 25 ans après on ne peut que mesurer la pertinence.

C’est en travaillant sur un sujet tout autre que Jan Stocklassa – lui-même journaliste découvre dans un hangar les archives laissées par Larsson : pas moins de 20 caisses de documents soigneusement rangés. Après les avoir dépouillés, Stocklassa décide de reprendre l’enquête là où l’a laissée Larsson. Il n’a a priori pas les mêmes vues que lui mais il s’attelle à remonter la piste à laquelle croyait son prédécesseur : une participation des services sud-africains de renseignement.

C’est cette aventure, ce « prolongement d’enquête » qu’il raconte dans un livre tout juste paru chez Flammarion : « La Folle enquête de Stieg Larsson». Une sorte de roman documentaire mais qui dépasse la fiction puisque, sans révéler dans son ouvrage le nom de l’assassin, Stocklassa a transmis ses découvertes au nouveau procureur. Avec l’espoir affiché que cette enquête terminée de façon posthume aboutisse à la résolution du mystère…

 

Jan Stocklassa, «La Folle enquête de Stieg Larsson», Flammarion, 438 pages, 22€.

 

Elodie Fondacci