La flûte enchantée d’Emmanuel Pahud

1. Il a été conçu à Rio de Janeiro, il est né à Genève, il a eu le coup de foudre pour la flûte à Rome, il est français d’éducation et de formation (la grande école de flûte française) et il vit à Berlin où il occupe le prestigieux poste de flûte solo à l’Orchestre philharmonique. Emmanuel Pahud a gardé de ses racines croisées une ouverture musicale aux styles musicaux les plus variés. C’est un musicien classique de son temps, non pas enfermé dans sa tour d’ivoire, mais prêt à l’aventure, aux confrontations de styles .

Sur le plan du discours, il semble très marqué par la pensée allemande. Il parle comme si le verbe était à la fin, avançant posément, recadrant calmement les choses, articulant progressivement son idée, étageant logiquement et prudemment ses arguments. Entendu distraitement, il pourrait sembler ennuyeux, écouté attentivement, il est passionnant. Ses propos circonspects sur Schubert (notre grand Syphilitique) dénotent un fond de morale calviniste ; à moins qu’il ne s’agisse de l’éternelle et sourde rivalité entre Berlin et Vienne. Berlin où la musique est une sérieuse (et joyeuse, si si) éthique, Vienne où elle serait un art de vivre non dénué de frivolité.

2. Je me réjouis du retour de Mohammed sur ce blog. J’espère à ce propos que tout est rétabli car j’ai signalé vos petites misères avec un certain WordPress à notre grand ordonnateur technique Frédéric Lalanne, qui s’est fendu d’un communiqué rassurant après plusieurs essais fructueux.

3. A ceux qui ont lu mon livre Martha Argerich – l’enfant et les sortilèges, je me dois de signaler que j’ai supprimé un court paragraphe lors de la dernière réimpression dans le chapitre « Santa-Monica » qui raconte comment, avec un courage de lionne, la grande pianiste s’est battu contre un cancer. Ce paragraphe concernait Julie Resh, productrice de télévision à Los Angeles et grande amie de Martha ; il la montrait sous un jour défavorable et inexact. Julie, que j’ai rencontrée en Amérique lors de mon enquête préalable et qui qui a favorisé mon travail sur place, a beaucoup soutenu Martha lors de ces années difficiles. Je la présente hâtivement comme une « groupie », ce qu’elle n’est pas. Elle s’en est émue et m’a fait part de sa déception. Je prépare pour les traductions en cours et les éventuelles réimpressions un autre paragraphe qui rétablit la vérité en apportant de nouvelles informations. Comme le disait Stendhal, rien n’est plus difficile que d’écrire sur quelqu’un de vivant. Pour ne pas perdre son sujet principal de vue, on est amené, non pas à modifier la réalité sciemment, mais à estomper certains détails essentiels concernant d’autres personnes. Cela peut faire des dommages collatéraux et blesser. C’est pour cela que j’ai également retouché le portrait d’Ivry Gitlis dans le chapitre « Paris ». Ce monument du violon est un musicien de génie. Certains proches m’ont gentiment reproché de ne pas l’avoir souligné. On n’est pas forcément le meilleur peintre de ses amis. A les fréquenter régulièrement, on en oublie d’être objectif.

4. Je suis épaté par votre recherche concernant la Messe en sol de Schubert dans le programme de Jean-Loup Dabadie. Ce CD, que nous ne possédions pas dans la discothèque de Radio Classique, nous a été fourni quelques minutes avant l’émission. J’ai joint Nathalie Stutzmann qui m’a confirmé n’avoir jamais enregistré de partie de soprano et qui se souvenait vaguement de ces enregistrements avec Michel Piquemal. Elle sera prochainement l’un des invités de Passion Classique.

Voici le programme d’Emmanuel Pahud :

–       Un morceau de musique classique qu’il aime par dessus tout
Cimarosa, Il maestro di Cappella , avec Jordan et Huttenlocher, Erato- 3

–       « madeleines » musicales, (classiques ou non) qui rapellent des souvenirs bien précis à l’invité.

–       Almoraima, extrait d’Antologia, Paco de Lucia

–       Ravel, l’Enfant et les Sortilèges, avec Ansermet, Suisse Romande –

–       Lover Man, Jeremy Steig et Bill Evans, Verve-

–       6 à 7 morceaux de musique classique.

–       Schubert, Quintette avec le Hollywood Quartet (1er mvt)

–       Mozart, Don Giovanni  avec Giulini, EMI  « Ah ! chi mi dice mai ((Acte I)

–       Couperin, Concert Royal no 4, avec Aurèle Nicolet – Philips

–       Bach, Passion selon Saint Mathieu – Gardiner (Erbarme dich)

–       Puccini, La Bohème, avec Gedda, Freni, Schippers – EMI (air de Musette acte II)

Voici son programme :