La fantaisie grave de René de Obaldia

C’est en bavardant un jour avec mon ami l’écrivain Benoît Duteurtre que j’ai pris conscience avec stupeur que René de Obaldia manquait cruellement au rang des invités de marque de Passion Classique. Je lui ai téléphoné et, ne me connaissant pas personnellement, m’a prié de lui rendre visite dans son appartement à fleur de ciel du quartier de La Trinité. J’ai découvert un octogénaire plein de vigueur et de malice qui m’a accueilli avec un verre de whisky, que j’ai poliment refusé (il était onze heures du matin !) avant que la sonnette ne retentisse à nouveau : dans sa distraction (ou par crainte de me trouver ennuyeux), le grand poète avait convié à la même heure un ami qui dut patienter dans l’antichambre durant notre entretien.
Après l’émission, qui fut un pur moment de bonheur, je suis resté sur le trottoir pour tenir compagnie au plus vert (sic) de nos académiciens, en attendant que son taxi n’arrive et malgré ses protestations. Je lui ai demandé pourquoi il avait été « pauvre » pendant sa jeunesse, alors que son père était consul à Hong-Kong et petit neveu d’un président de la République du Panama. Je n’avais pas osé lui poser la question durant l’émission. C’est là qu’il m’a dit que son père avait abandonné sa mère, pour suivre une jolie Chinoise, et qu’elle avait dû rentrer en France et travailler pour nourrir ses trois enfants. Les amateurs d’astrologie seront curieux d’apprendre que René de Obaldia est né pile entre le signe du Scorpion et de la Balance, détail amusant concernant cet artisan des mots qui fut toujours à la frontière du rêve et de la réalité, du sourire et de la gravité, et qui a traversé tous les genres avec un art de funambule facétieux.
Voici son programme :

Manège Innocentine de Gérard Calvi / René de Obaldia

Madeleines

Debussy, La cathédrale engloutie
Messien, Un morceau d’orgue (quelque chose de jubilatoire)
Berthe Silva : « Les roses blanches »

Classique

Bartok, Concerto pour 2 pianos, percussions (1941)
Duparc, mélodie « L’invitation au voyage »
Mozart : Sonate en fa majeur K 332 – 1er mvt
Beethoven, L’hymne à la joie

La vie : Schubert, quintette en ut majeur à 2 violoncelles – 4e mvt

L’amour : Monteverdi, les lamentations de la nymphe

La mort : Schubert, Le roi des Aulnes