La 14ème Transat Jacques Vabre est partie hier. C’est un événement sportif mais est-ce également un événement économique ?

Depuis la première transat qui remonte à 1993, cette course a totalement changé de dimension. Sur le plan sportif on est passé d’une course en solitaire à une course en duo. Et sur le plan économique, cette course, comme beaucoup de compétitions de voiles, est montée en puissance. Non seulement il y a de plus en plus de participants mais en plus il y a de plus en plus de suivi médiatique. Et du coup, cela attire de plus en plus de sponsors. Cette année, on a 59 équipages au départ. C’est 22 de plus qu’il y a deux ans.

 

Transat Jacques Vabre : pourquoi les sponsors s’intéressent à la voile ?

Il y a raisons de fond et des raisons économiques. Le fond, c’est que la voile, ça colle parfaitement avec les valeurs qui sont à la mode. La voile, c’est la nature. C’est un sport qui a une image écolo. C’est aussi les valeurs de l’exploit, de l’effort individuel, le courage et l’humilité. Les voileux ce ne sont pas des pilotes de F1 qui polluent ou des footeux trop payés. Tout ça, ça fait des vents porteurs pour cette course de plus de 8.000 kilomètres qui est partie hier du Havre et qui arrivera à Salvador de Baia au Brésil.

 

 

Mais est-ce que c’est économiquement rentable pour les sponsors ?

La voile c’est pas très cher et du coup ça peut attirer des entreprises qui ne peuvent pas se payer les sports majeurs. Un Imoca, un bateau de 18 mètres qui court la Jacques Vabre c’est autour de 5 millions. C’est un investissement plus qu’une dépense parce qu’il y a des retombées. Les sponsors estiment qu’en moyenne pour chaque euro dépensé, ils ont trois euros de retombées médiatiques. C’est un peu comme dans le vélo, on cite beaucoup le nom du skipper mais aussi des équipes. Charal qui est en tête va avoir plus de retombées que celui qui terminera dernier. Mais même un budget plus modeste comme Edenred a réussi à faire parler lui sur le plan humain car ils font courir en Class 40, un bateau de 12 mètres, Basile Bourgnon, le fils de 17 ans de Laurent Bourgnon qui a disparu en mer en 2015 et du coup cela suscite de l’intérêt. L’autre avantage c’est que la voile qui était très dur à filmer et à faire vivre est mieux couverte par les médias. Et pas seulement au départ et à l’arrivée. Sur le digital, il y a beaucoup de suivi en temps réel. Et pour les entreprises qui sponsorisent, la voile permet aussi de rassembler en interne. C’est un sport très fédérateur. Et finalement c’est souvent plus rentable qu’une ou deux campagnes de pub à la télé.

 

 

 

David Barroux

 

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