Krivine, intelligence et douceur

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Il n’a pas changé dans le fond. En arrivant au studio, Emmanuel Krivine m’a dit avec inquiétude : « On ne parle pas de moi, hein ? Je ne veux pas avoir l’air de me prêter à un exercice narcissique. » Non Emmanuel, on parlera de musique. « Ah bon, ça va. Enfin, je te suis, fais comme d’habitude… Il faut qu’on parle aussi de l’Orchestre du Luxembourg. S’ils m’écoutent et que je ne parle que de la Chambre philharmonique, ça va faire des histoires. » Cet homme qui a fait pleurer des solistes par son humour redoutable est aussi un artiste inquiet, instable, parcouru d’angoisses.

Dès que la conversation a commencé, on a senti, je pense, que cet homme n’est pas comme tout le monde. Il prend son temps pour faire venir les idées. Il n’utilise pas des formules toutes prêtes, des phrases passe-partout. Les auditeurs ne s’y sont pas trompé : « il a la simplicité des grands » disait un e-mail. Il a dit ce qu’il pensait sur Karajan. C’était juste, intelligent, net. A micro fermé, il m’a soufflé : « Oh la la, je ne vais pas me faire que des amis. J’y ai été un peu fort, non ? » Et puis, en rajoutant une louche après que je l’ai rassuré : « C’était une manière totalitaire de faire de la musique ! » A la fin de l’entretien, évidemment, il n’était pas tout à fait satisfait. « Je ne m’exprime pas très bien, hein ? Je cherche mes mots… C’était pas bon ! » Mais si Emmanuel, c’était formidable, assure l’attachée de presse. Sans écouter, il s’exclame soudain : « Jean-François Coppey, lui, parle très bien. C’est précis, il trouve toujours ses mots… » Il est 20 h 10, il s’attarde et le moment devient propice à la confidence. « J’ai dirigé l’Orchestre de Los Angeles, mais je n’ai jamais été réinvité. Cela s’était très bien passé, mais je n’ai pas pu m’empêcher de corriger des erreurs dans la partition du Debussy. Il y en avait bien dix-sept. Dix-sept erreurs sur dix-sept minutes de musique ! L’ennui, c’est que Salonen (le chef titulaire de l’orchestre) venait d’enregistrer l’oeuvre au disque avec ce matériel-là. » On a parfois tort d’avoir raison. Emmanuel Krivine en a fait la désagréable expérience.

Son programme

LISZT/Mazeppa par KARAJAN/BERLIN (1961)

Madeleines

SAINT-SAËNS/Havanaise par Y.HEIFETZ

KREISLER/Liebeslied par F.KREISLER

BEETHOVEN/Mouvement lent (3e mvt) de la Sonate Op 109 par W.KEMPFF

Dvorak : Symphonie du Nouveau Monde (Krivine)

SCHUBERT/Winterreise (Das Wirtshaus) par D.FISCHER-DIESKAU et G.MOORE

STRAUSS/Ouverture Chauve Souris sous la direction de C.KLEIBER

STRAUSS/dernier des Vier letzte lieder (Im Abendrot) par L.DELLA CASA et K.BÖHM

CHUCHO VALDES/Titre au choix