Katherine Pancol en harmonie

Certes, ce n’est pas parce que Katherine Pancol vend des millions d’exemplaires de ses livres, dans le monde entier, qu’elle est le plus grand écrivain de sa génération. Certes, on aimerait que d’obscurs poètes rencontrent le succès qu’ils méritent, comme on eut aimé que Van Gogh vendît ses toiles. Certes Passion Classique peut donner l’impression de courir à l’audience et au succès facile en invitant l’auteur des Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi.
D’abord, le succès et la large audience ne sont pas « faciles ». Rien n’est acquis d’avance, tout se construit. Et l’on peut tout perdre en un jour ce qu’on a mis vingt ans à bâtir. Si les livres de Katherine Pancol se vendent comme des petits pains, c’est qu’ils sont bien faits. Il ne viendrait à l’idée de personne de comparer la série Friends au Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica. Mais, dès qu’il s’agit de livres, la critique se déchaîne. Or, n’oublions jamais que c’est grâce à des succès littéraires français que nos maisons d’édition se maintiennent à flot, face à la concurrence étrangère, et peuvent, dans le même temps, publier des ouvrages plus difficiles ou plus confidentiels.
Katherine Pancol est une femme talentueuse, travailleuse, sensible et d’un commerce on ne peut plus agréable. Elle est aussi très cultivée. Ancien professeur de français et de latin, elle parle des grands auteurs avec justesse et intelligence. Et elle est assez fine pour reconnaître qu’après un sublime mouvement de Schubert, il n’y a rien à dire.
Pour le reste, elle est toujours passionnante et sincère.
Alors que tant de nos grandes plumes nationales se sont tues à l’annonce du retrait de Céline des commémorations nationales, Katherine Pancol a eu le courage, au risque d’être traitée d’antisémite par ceux qui confondent l’oeuvre et l’homme, de défendre le plus grand écrivain de la première moitié du XXe siècle avec Marcel Proust.
Céline a écrit des textes abjects, insupportables, odieux, dégueulasses sur les juifs. Mais s’il avait posé un pied dans les camps de la mort, ce médecin des pauvres, qui n’a jamais dénoncé sa voisine de palier à la Gestapo, aurait pris conscience de l’horreur de ses propos et de leur conséquence, non sur les faits, car Hitler n’a jamais eu besoin de Céline pour tuer six millions de juifs, mais sur les coeurs et sur les âmes de ses concitoyens. Il a été jugé pour ses actes après la Libération et il a fini ses jours, chez lui, à Meudon. Faut-il aujourd’hui le mettre à l’index, sous la pression évidemment compréhensible de ses détracteurs, qui ont des raisons profondes d’agir ainsi, ou célébrer l’un de nos grands génies littéraires, et en profiter pour faire toute la lumière sur les errements criminels d’un homme en proie à la paranoïa et emporté par la folie aveugle de son époque ? La question est posée. A chacun, sans excès et sans haine, d’y répondre en son âme et conscience. Pour ma part, il me semble que toutes ces interdictions font beaucoup plus le lit de l’antisémitisme, et bien plus sournoisement, qu’un débat éclairé, serein et juste. La correspondance de Chopin est remplie de phrases antisémites. Fallait-il, à ce titre, ne pas commémorer l’anniversaire de sa naissance ? Et que dire de Wagner ! Si l’on veut épurer l’art et la culture, autant ne plus rien célébrer du tout, et vivre dans l’obscurité. Les nazis et les soviétiques ont interdit ce qui était contraire à leurs valeurs. Faut-il imiter, au nom de la pureté de nos convictions humanistes, ce qu’ils ont fait au nom de la prétendue pureté de leur « race » ?
Voici le programme de Katherine Pancol :
Les petites madeleines :
-« Les amoureux des bancs publics » de Georges Brassens. Mon papa adorait George Brassens et j’ai grandi en écoutant ses chansons et surtout celle-là !
– « À quoi ça sert l’amour ? » d’Edith Piaf. Et maman c’était Piaf !
– « Hymne à la joie », Beethoven.
Mon premier morceau de musique classique. J’étais toute petite. Les parents l’écoutaient dans le salon et moi, de mon lit. Il me faisait passer par toutes les émotions : le plaisir, le délice, la peur, la terreur, l’amour, la passion, l’emportement, je m’envolais et j’étais pétrifiée à la fois ! Je me racontais des histoires et des histoires sur cette musique, cela a été mon premier canevas…
– « Le gai laboureur », Schumann, mon premier « vrai » morceau joué au piano ! On avait un piano Gaveau droit à la maison et je prenais des leçons une fois par semaine !

Morceaux de musique classique :
– La valse brillante, Chopin (piano : Aldo Cicolinni)
– Symphonie L’horloge n° 101 – 2e mvt de Haydn
– Reynaldo Hahn / Mélodie à Chloris. Opus Théophile de Viaux. Chanteuse Susan Graham
– – Galuppi Baldassare sonate pour piano n°5 1er mvt. Piano : Aleksandar Serdar .
– Violoniste : Bronislav Huberman dans le mvt lent du concerto n°3 pour violon et orchestre de Mozart.
– Concerto Marcello/JS Bach pour hautbois adagio arrangement piano.
– Schubert sonate pour piano en la majeur D959 andantino 2eme mouvement. JC Pennetier
Mélodies d’amour :

– La passion selon Saint Matthieu. Je me suis mariée à Bridgehampton sur cette musique ! Au bord de la mer, deux témoins, un juge qui s’appelait Charrette et qui descendait d’un Charette français et Bach !
– « Ô ma Dordogne » du feuilleton « Rivière Espérance » de Bruno Coulais ! Clin d’œil à mes enfants ! On regardait le feuilleton quand ils étaient tout petits, enroulés tous les trois dans une couette, le cœur battant !
– « La Traviata », Prélude Acte I j’ai endormi les enfants pendant des années avec cet opéra. Si je ne le mettais pas, ils refusaient de dormir ! Le début est magique !
Et enfin et surtout : la valse du bal du Guépard de Visconti, la musique de Nino Rota (valsa brillante), celle où Burt Lancaster valse avec Claudia Cardinale. Je veux être enterrée sur cette musique et que tout le monde danse dans le cimetière !