Jonathan Coe – Le cœur de l’Angleterre

Si vous cherchez à comprendre de l’intérieur ce phénomène complexe, confus, inextricable, qu’est ce Brexit qui n’en finit pas de laisser perplexes les observateurs, lisez ce livre : Le cœur de l’Angleterre.

Jonathan Coe est non seulement un formidable écrivain, mais il est aussi un observateur avisé de la société anglaise.
Il a maint fois prouvé son talent pour la satire, notamment avec Bienvenue au club et Cercle fermé dont ce nouveau roman reprend les personnages, ce qui en fait le dernier volet d’une trilogie socio-politique de haut vol.
Mais rassurez-vous, nul besoin d’avoir lu les deux précédents pour vous délecter de celui-ci.

Coe y raconte comment le Brexit va diviser une famille, la famille Trotter, et même faire imploser un couple, et l’on ne peut s’empêcher de penser au dessin de presse de Caran d’Ache paru en 1898, « — Surtout ! ne parlons pas de l’affaire Dreyfus ! », où un déjeuner dominical tourne à la foire d’empoigne … Unfortunately, they’ve done.

Le mot qui vient à l’esprit à la lecture de ce roman, c’est « finesse ».

Finesse de l’analyse d’abord. Finesse de l’humour ensuite. Le cœur de l’Angleterre est extrêmement drôle mais de façon parfois imperceptible, comme seul sait l’être l’humour britannique, tellement pince-sans-rire et mélancolique. Finesse enfin de l’échelle, comme on dirait en parlant d’une carte géographique : un maillage fin du territoire.

A travers sa galerie de personnages, les Trotter et leurs proches, Jonathan Coe réussit à dresser un panel assez complet de ses compatriotes. Le journaliste de gauche qui s’est toujours cru progressiste et vit dans une maison à 10 millions de livres… La gosse de riche blanche qui participe aux émeutes pour la protection des minorités… La vieille dame qui emploie une femme de ménage lituanienne tout en souhaitant secrètement que les étrangers rentrent chez eux… La jeune universitaire travailliste menacée de tomber dans le politiquement correct… Le patriarche conservateur qui ne peut se défaire du sentiment que « c’était mieux avant »… Un certain nombre d’Anglais types sont là, épinglés avec leurs contradictions et leurs ridicules, et Jonathan Coe capte en sismographe jusqu’aux micro-fractures de la société britannique.

Le Coeur de l’Angleterre, Jonathan Coe. Traduction de Josée Kamoun, 550 pages, 23 euros.

Elodie Fondacci

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