John Eliot Gardiner, de la maison de France

 

Les Français sont si peu réceptifs à leur propre musique, qu’il faut que ce soient des Anglais (nourrissant, comme on le sait, des sentiments contrastés à notre endroit) qui nous en rappellent les richesses. Alors merci Thomas Beecham, Colin Davis et John Eliot Gardiner ! Et merci aussi à l’Américain Bill Christie !

A vouloir à tout prix sonner comme des orchestres allemands, nos formations se sont mis à « parler » Brahms et Strauss avec un accent, mais ont perdu ce qui faisait leur charme et leur spécificité. Avons-nous oublié qui nous sommes, d’où nous venons ? Cela peut-il expliquer, en partie, mais profondément, le désarroi actuel de notre pays ?

Dans un article paru récemment dans Le Figaro, j’ai appris qu’une génération d’écoliers avait été sacrifiés sur l’autel de la méthode globale de lecture. Et pourquoi ? Parce qu’un ministre et une cohorte d’inspecteurs ont voulu imiter les Anglais qui utilisaient cette méthode, idoine pour leur langue, mais pas pour la nôtre qui est intrinsèquement syllabique. Parce qu’on a voulu imiter nos voisins en piétinant notre génie national. Quelle sottise ! Cela ne veut pas dire qu’il faille se renfermer sur soi-même, être recroquevillé. Non ! Ravel a découvert le jazz, mais il a continué à écrire français. Charles Trénet était fasciné par le swing américain, mais il l’a adapté à sa poésie d’essence française.

Quand on voyage chez nos voisins, on se rend compte qu’en Allemagne, les immigrés turcs se sont fondus à la discipline teutonne. En Hollande, les immigrés triment sans se plaindre parce qu’ils se sont adaptés à ce peuple travailleur. Chez nous, si les casseurs dévalent des banlieues, c’est de notre faute. Quel modèle avons-nous à proposer ! Nous en avions un, mais nous l’avons oublié. Cette grande éducation française, on en retrouve le parfum chez certaines familles algériennes d’Alger ou d’ailleurs… là où, par un curieux mariage de l’histoire et de la géographie, nos enfants naturels semblent perpétuer les traditions que nous avons perdues.

N’est-il pas venu le temps que nous retrouvions ce sens de la nation et la force de nos racines ? Pas pour dominer le monde, ni même renouer avec des vieux rêves de rayonnement, mais pour redevenir nous-mêmes. Mais je m’emballe…

NB Allez lire les poèmes de Camille Acristem sur son blog http://blogcamille.over-blog.fr/ Ce jeune homme est tout à fait étonnant, il a un vraiment talent, c’est un poète authentique.
PS (deux jours plus tard) Mohammed a raison : méfions-nous des raccourcis et restons musicaux. Il ne s’agit pas de se censurer, mais d’éviter de réagir uniquement à l’émotion sans avoir une idée claire de la réalité. A ce propos, je pense que la réaction de Bernard Gensane était mue par un désir protecteur et amical. La musique est là pour nous relier, pas pour nous opposer.

Voici le programme de John Eliot Gardiner :

– Brahms 4ème symphony dernier mouvement dir Gardiner

– Bach Cantatas « Es erhub sich ein steit » dir Gardiner

-Crux fidelis from Santiago (a cappella) (dans de CD « Pélerinage de

Santiago ») dir Gardiner

Britten : chœur d’enfants

– Schubert : Sonate D 960 – 4e mvt Artur Schnabel

– Modern Jazz : Quartet Fontessa http://www.youtube.com/watch?v=D7MpLFWWXqc

– Debussy : sonate pour violon et piano par Bartok et Szigeti http://www.youtube.com/watch?v=P7ar8uM0ag8

– Juliette Géco : Si tu t’imagines

– Fayrouz : Habibi