Jérôme Deschamps : Le sentiment d’une mission accomplie

Il met en scène "Les Mousquetaires au couvent" à l'Opéra-Comique... puis tire sa révérence après un mandat qui a fait renaître la célèbre institution parisienne. Petit bilan.

Dans quelques jours, vous quitterez l’Opéra-Comique après huit ans à sa tête. Quel est votre état d’esprit ? Et comment évaluez-vous cette période ?
L’état d’esprit est très positif. [Il sourit.] Dès mon arrivée, en accord avec le ministère de la Culture, nous avons assigné à l’Opéra-Comique une triple mission : faire redécouvrir l’opéra-comique français, privilégier le répertoire baroque et mettre l’accent sur la création. De ce point de vue, à mon sens, la mission est remplie. Même s’il a constamment fallu se battre.
C’est-à-dire ?
Pour mener ce projet à bien, j’estimais qu’il fallait 10 millions d’euros de subvention ­ nous les avons eus, et la subvention a même légèrement augmenté. Bien sur, 10 millions, c’est beaucoup pour réussir un projet ; mais 6, c’est encore plus pour le rater! J’ai tenu à remettre la Salle Favart dans son histoire, à réhabiliter un genre méprisé.
Vous battre, disiez-vous ?
À ma nomination, les gens s’interrogeaient, comme je ne venais pas de l’opéra : allais-je faire les Deschiens ? Non, bien sûr ! Christie, Gardiner et bien d’autres se sont précipités sur le projet. Nous battre ? Oui, financièrement surtout. La coproduction a été vitale, car en cinq ans, la marge artistique ayant baissé de 30 %, elle nous a permis de diviser les coûts et de maintenir une activité forte. Nous avons par ailleurs développé le mécénat de façon substantielle.
Ce projet et son budget sont-ils désormais inscrits dans le marbre ? Même en ces temps de restriction budgétaire ?
J’ai tout fait pour, c’était mon objectif principal, et je pense qu’on ne se pose plus cette question aujourd’hui. J’ai contribué à fixer un niveau, et à engager l’État dans des frais ­ dans ces travaux de rénovation réguliers, mais aussi en créant cette Académie de jeunes chanteurs… qu’il serait impossible de démanteler aujourd’hui.
Combien de productions laissez-vous au répertoire ?
Une quarantaine.
Quelles sont vos préférences ?
Difficile de choisir ! Je garde des souvenirs émus de Sabine Devieilhe dans Lakmé, de Louis Langrée reprenant Pelléas ­ avec cette impression éblouissante que l’oeuvre renaissait chaque soir ­, mais aussi des Boulingrin de Georges Aperghis, de Marouf avec Alain Altinoglu…
Quelles oeuvres referiez-vous différemment ?
Le répertoire contemporain est ardu. Au Monde de Pommerat et Boesmans, par exemple, n’a pas rencontré facilement son public, alors que le théâtre de Pommerat, lui, attire de nombreux fidèles.
Quels sont vos projets après l’Opéra-Comique ?
Certains sont encore secrets. Quelques reprises des Mousquetaires au couvent ­ à Toulon notamment ­… et je vais faire l’acteur dans la pièce de Michel Vinaver, Bettancourt Boulevard, au TNP et au Théâtre de la Colline.