Jean-Yves Thibaudet, le ténor du piano

 Olivier Bellamy et Jean-Yves Thibaudet sur Radio Classique

Dans le monde riche, mais un peu fermé, du piano français, Jean-Yves Thibaudet dénote, détone, détonne et ne cesse d’étonner. Son jeu clair et brillant s’est abreuvé aux meilleurs sources (Lucette Descaves, Aldo Ciccolini). De la première, il a hérité le respect absolu du texte et l’esprit de Ravel ; du second une âme de virtuose, infatigable et fiable. On le croit vantard car il ne se dissimule pas derrière une fausse modestie de façade, mais il trahit une vraie humilité lorsqu’il avoue aimer par-dessus tout accompagner les chanteurs dans l’ombre. Il a du succès et il le sait, mais il est sans doute l’un des rares musiciens à ne jamais dire du mal de ses collègues. On le croit superficiel car il aime les vêtements voyants et les voitures colorées, mais possède une profondeur d’autant plus réelle qu’il ne l’affiche jamais. Elle est dans son jeu pour qui veut bien faire l’effort de l’écouter. Jamais vous ne l’entendrez se plaindre des voyages, de la carrière, il aime son métier et possède un don de la communication, un naturel qui le rapproche d’Artur Rubinstein. Enfin, il est de son temps. C’est d’ailleurs pour cela qu’il se sent si bien aux Etats-Unis et qu’il a choisi d’y vivre.

La France a longtemps boudé Jean-Yves Thibaudet parce qu’ici, comme le chantait Yvonne Printemps, « on vous pardonne parfois d’avoir réussi, mais jamais d’avoir l’air heureux ». Il serait temps que cela change.

Voici son programme :

*3 petites madeleines de Proust:
-Valse de Chopin en la mineur, Op. Posthume
-l’Alouette (il existe un disque de Roby Lakatos ou ca figure)
-Franck Sonate pour violon et piano, 1er Mvmt
:
-Ravel Ondine de Gaspard de la Nuit
-Liszt : Totentanz
-Chopin 2eme Concerto pour piano et orchestre, A. Rubinstein
-Ravel Daphnis et Chloe, 2eme Suite, C. Dutoit
-Rachmaninov 2eme Symphonie, Mariss Jansons

+ extrait de Rhapsody in Blue (Thibaudet) et disque Bill Evans