Jean-Pierre Marielle, un monument qu’on aime

  Il y a les monuments que l’on respecte à distance (Michel Bouquet), les monuments que l’on évite (ne citons pas de noms) et les monuments qu’on aime. C’est à cette catégorie qu’appartient Jean-Pierre Marielle. Il avait tout (peu d’ambition et un côté décalé) pour se cantonner dans la catégorie des seconds rôles de légende dont Jean Carmet est l’archétype le plus récent et dont la riche histoire du cinéma français regorge, il est devenu une vedette sans que son ego ne change d’un iota. Il n’aimerait pas qu’on dise cela de lui, mais tant pis : Jean-Pierre Marielle a du génie, comme Michel Galabru, Michel Serrault ou Jean Rochefort. Il est de la race secrète des vrais artistes, un peu étranges, pas des acteurs avec trois accents circonflexes sur le « a ».

J’étais avide de le rencontrer et tellement heureux que la peur d’essuyer une rebuffade ou un mouvement d’humeur à la suite d’une question pas tout à fait bien posée ne m’a pas effleurée. J’avais simplement peur qu’il s’ennuie de rester si longtemps en ma compagnie et inquiet de ne pas être à la hauteur d’une personnalité aussi singulière.

Jean-Pierre Marielle n’aime pas les interviews parce qu’il trouve indécent de parler de soi. C’est un homme pudique, généreux et vrai. Ses silences sont plus denses que les paroles de beaucoup de monde.

Je ne sais pas ce que vaut l’émission, tellement j’étais embarqué dans sa folie douce, celle des poètes et des visionnaires. Je sais seulement que j’ai eu l’impression de vivre égoïstement un grand moment de ma vie professionnelle et je me suis senti léger, léger en sortant. Je n’ai pas l’impression d’avoir « ramé » pour obtenir ses confidences (c’est peine perdue d’essayer car, avec lui, le vent change tout le temps), mais de m’être laissé porter par le courant.

Un mot, un seul, me revient en mémoire : « La seule direction qu’un metteur en scène peut donner à un acteur, c’est celle des studios. » Grandiose ! J’espère que les auditeurs étaient bien avec nous.

Voici son programme :

  Marin Marais : Variations sur les Folies d’Espagne (Jordi Savall)

  Madeleines :

  – Sidney Bechet « Petite fleur »

  – Henri Salvador, « Dans mon île » (sa mère l’a emmené le voir)

  – Une chanson populaire : « Ah ! Les fraises, les framboises »

  Programme :

Charlie Parker

  Suite de Bach

  Laurent Korcia : Ysayë « Rêve d’enfant »

  Taraf de Haidouck : Doina hora si briu

  Mélodies

  Ostende par Jean-Roger Caussimon

  Johnny Cash

  Vivaldi : Stabat Mater « Qui est homo » (Gérard Lesne)

 Jean-Pierre Marielle sera ce week-end au Festival d’Ile-de-France : http://www.festival-idf.fr/2010/accueil.php