Jane B. sur Radio C.

Quand Jane est arrivée au studio vers 18 h, elle m’a demandé très gentiment si elle pouvait répondre à une brève interview par téléphone. J’ai évidemment dit oui et l’ai conduite vers un studio pour qu’elle soit tranquille. Vers 18 h 20, elle s’est allongée sur un canapé pour prendre cinq minutes de repos comme le font (de manière moins sensuelle) les hommes d’affaires japonais dans le métro de Tokyo. La journée de promo avait clairement été éprouvante. J’ai appris par son attachée de presse, l’adorable Françoise Deschamps, qu’après l’émission elle devait se rendre pour un ultime interview à Radio France vers 22 h. 

Bref, je n’ai pas échangé deux mots avec Jane avant l’émission. A 18 h 27, je l’ai priée de me suivre vers le studio. Elle s’est installée à sa place et là, comment dire, l’atmosphère était magique. Gérard Pangon terminait son émission, Béatrice Mouédine s’apprêtait à commencer son flash. Ils étaient tous deux dans leurs petits souliers. Jane Birkin est une légende – « que veux-tu, on est mythologiques ! » lui disait Gainsbourg d’un ton désabusé et ça la faisait rire à l’époque – et cela se sentait parce qu’on n’osait rien dire… Elle ne faisait rien de spécial, elle était tout simplement pensive, mais d’une manière tellement aiguë et lointaine à la fois, concentrée sur quelque chose d’apparemment si douloureux que cela nous donnait la bouche sèche, et lorsque, se rendant compte soudain peut-être qu’on l’observait, elle nous gratifiait alors d’un sourire si naturel et si tendre que nous en étions confus, bouleversés. Ensuite l’émission. Dès que le bonjour est dit, on ne maîtrise plus rien, c’est fini, il faut se laisser aller, sans jamais vraiment s’abandonner tout de même. Ce qui fait qu’on est avec une star, c’est qu’on a beau avoir préparé, c’est elle qui vous conduit pendant une heure et demie, tout en vous laissant l’illusion qu’elle vous suit très docilement. On ne sait pas ce qui se passe. C’est à la fois intimidant et très naturel, ça va tout seul et au bout de très peu de temps, on s’aperçoit que l’émission est déjà finie. Pendant le Mahler, Jane a vraiment pleuré. Ça aussi, c’était fort. Voilà, difficile d’expliquer. J’espère que je ne parais pas trop nounouille et que les auditeurs ont ressenti la même chose. Un grand moment de radio et de générosité. J’espère que l’émotion était palpable à l’antenne. Une grande star, c’est aussi qu’à aucun moment l’attachée de presse vient vous voir pour vous dire : n’oubliez de parler de l’album. Il est évident qu’on est au-delà de toute promotion et pourtant, après, on a qu’une envie c’est de prolonger ce moment avec Jane en écoutant ses chansons. 

Jane Birkin : Période bleue (Enfants d’hiver)

Madeleines

Baby alone in Babylone

Jane B

Lemon Incest

Chopin Nocture opus 9 n° 2 Rubinstein

–       Chostakovitch (hamlet de Grigori Kozintsev) Bal au château (Chailly)

–       Satie Gymnopedie N° 1 piano

–       Ravel Pavane par Fujiko Hemming

–       Messiaen : Turangalila (Chung)

–       Malher : Adagietto de la 5e (Dudamel)

–       Serge gainsbourg « Melody nelson »