Jacques Verges, un sphinx intarissable

Les musulmans pensent que mille vierges les attendent au paradis. Et en enfer ? Sont-ce mille Verges que nous risquons de retrouver ? L’homme est passionnant parce qu’il refuse obstinément d’intégrer un moule. Sa vie comporte des zones d’ombres et il cultive volontiers le mystère. Les astrologues, dit-on, rêvent de monter son thème. Il aurait « mangé » son extrait de naissance pour éviter qu’on en sache trop… Et pourtant, il parle, Maître Verges. En bon avocat, il a la langue bien pendue, et comme il est intelligent, on ne s’ennuie pas avec lui. Il parle, mais ne se paye pas de mots, ce qui est plus rare. Il dérange parce qu’il se place par delà le Bien et le Mal. Il ne se met pas davantage au service de la Vérité, qu’il semble considérer comme de toute façon perdue – cette vieille lune ! – et choisit de déposer ses offrandes à l’autel de l’Art. Un avocat peut être un artiste, c’est vrai, quelquefois, mais à vouloir chercher l’état de grâce en plaidant n’apporte-t-on pas le coup de grâce à une certaine idée de la justice ? De même, le journaliste, qui s’attacherait essentiellement au style et qui voudrait être d’abord un écrivain à travers ses articles, ne se détournerait-il pas de son devoir premier qui est d’informer ? Cela dit, la vérité ne se donne pas toujours au plus offrant, au plus méritant et au plus humble d’entre nous. Elle se range parfois du côté de celui qui refuse de plier le genou devant l’institution et qui préfère suivre son idée. Les vérités toutes faites, les consensus commodes, ce n’est pas pour lui . Jacques Verges a eu ce talent et ce courage. On s’en sort rarement indemne.

En sortant du studio, l’avocat des « monstres » nous a raconté une histoire très amusante, pour peu qu’on ait l’esprit large. Je ne résiste pas au plaisir de vous la rapporter.

Lors de son procès, Barbie a été accompagné par un gardien de prison dans l’un des hôpitaux de Lyon pour une consultation. Voyant le prisonnier menotté, le docteur chargé de l’examiner exige qu’on lui retire ses « bracelets ». Le gardien s’excuse mais le directeur de la prison le lui a défendu. Toutefois, il obtempère, mais reste dans la pièce. « Que faîtes-vous là ? Et le secret médical ? » lui lance le médecin. Le gardien, cette fois, ne se laisse pas faire. « Impossible, répond-il. Les ordres sont les ordres ». Excédé, le médecin les fiche tous deux dehors. Dans le panier à salade qui les ramène à la prison, le gardien, menotté à Barbie dit au criminel de guerre : « Je n’ai fait qu’obéir aux ordres. » Et Barbie de répondre aussitôt : « Mais moi aussi ! »

Peut-être que Jacques Verges n’est pas du tout dans une vision chrétienne des choses. C’est sans doute l’une des clés de son personnage. Ni dieu, ni maître. Nous tous,  sommes marqués par un héritage chrétien, même si nous nous prétendons agnostiques ou athée. Pas lui. C’est pour cela que nous avons le sentiment, à tort évidemment, qu’il est le diable. Quand je lui ai demandé pourquoi Barbie et les autres n’ont pas demandé pardon pour leurs crimes. Il n’a pas vraiment répondu à cette question, qui est d’essence chrétienne, parce qu’elle n’est pas essentielle pour lui. Il ne semble pas connaître (du moins intellectuellement) le complexe de culpabilité. C’est pourquoi il s’intéresse tant aux coupables. Ils ne lui font pas peur. Sa vraie grandeur, c’est qu’il s’intéresse à l’Homme, à la parcelle d’humanité qu’il reste chez Barbie et les autres. Il a alors beau jeu de clamer qu’il est en cela plus proche de Dieu que ceux qui prétendent l’être puisqu’il s’intéresse à « toutes » ses créatures même les plus horribles.  

Voici son programme :

L’air «Barbara Song» de «L’Opéra de quat’ sous» de Kurt Weill et 
Brecht



Pour les « Madeleines » :

2 ou 3 airs de Maloya

Marseillaise

Temps des cerises

Programme :

4) Le finale du «Voyage à Reims» de Rossini (Abbado)


Le lied «Im Abendrot » de Richard Strauss

2) La «Chanson nègre » de Jean-Jacques Rousseau.
 
3)

 Choeur «Suoni la tromba e intrepido» des «Puritains» de Vincenzo 
Bellini
 



5) Le prélude de la «Deutsche Symphonie» de Hanns Eisler
 
6) 
 


7) L’une des «Chansons madécasses» de Ravel : Aoua