INTERVIEW JORDI SAVALL : L’audace récompensée

Voulant conserver son indépendance artistique, le chef a créé son propre label, Alia Vox, en 1998. Malgré la crise, les projets ne manquent pas.

Comment se porte votre label de disques Alia Vox ?
Nous devons faire face à la crise. Certains de nos distributeurs, comme en Italie, ont récemment disparu, nous laissant d’importants impayés. D’une manière générale, les ventes baissent. Notre " tube " La Folia, paru l’année du lancement d’Alia Vox en 1998, s’est vendu à 120 000 exemplaires. Une bonne vente récente, comme La Viole celtique, culmine à 30 000 exemplaires, nos rééditions à 8 000. Cela dit, malgré les difficultés, nous maintenons le rythme de nos publications.
Comment y parvenez-vous ?
Il y des compensations : nous vendons beaucoup de disques en direct, et le numérique représente désormais 15 % de notre chiffre d’affaires – qui, bon an, mal an, se maintient. Et puis Alia Vox est une économie générale : les quelques personnes qui y travaillent s’occupent également de mes concerts. Toutes mes activités se trouvent ainsi liées entre elles.
Cela a-t-il un impact sur votre manière d’enregistrer ?
Oui. Lorsque nous pouvons doubler le même programme dans une bonne salle, je tente d’en garder la trace. Si le résultat est bon, je publie. Sinon… Nous refaisons. Ailleurs. Certains disques prennent donc un certain temps à aboutir. Nous publierons cette année " Magnificat ", avec l’œuvre de Bach enregistrée à la Chapelle royale de Versailles en juin 2013, complété par le Concerto en ré mineur capté, lui, à Fontfroide, un mois plus tard.
Qu’allez-vous publier d’autre ?
Un coffret Charpentier (on y trouvera entre autres la Missa Assumpta Est Maria) avec deux CD et un DVD. Toujours de grands projets de livres-disques. Les prochains seront consacrés à la paix (" Guerre et paix "), puis à l’écologie (" Terra Nostra ", en 2015) et le suivant à l’histoire de l’esclavage (en 2016) ainsi qu’un hommage à Chypre. Il y aura également un nouveau disque de musique arménienne, qui paraîtra à l’occasion du centenaire du génocide. Aussi de nouveaux Cantigas et de nombreuses rééditions.
Lesquelles ?
Nous continuons nos remastérisations des bandes Astrée, dont la première a été publiée il y bientôt quarante ans, avec notamment la Symphonie " Héroïque " de Beethoven, nos enregistrements des Cantigas de Santa Maria et un coffret des Cancioneros. Nous publierons également en CD l’Orfeo de Monteverdi du Liceo 2002, déjà édité en DVD.
Quels sont vos projets en France ?
Dans l’immédiat, la Nuit Haendel au château de Versailles, le 27 juin. Peut-être une intégrale Beethoven à la nouvelle Philharmonie de Paris. J’aimerais aussi donner quelque part la Passion selon saint Matthieu de Bach.
Un autre rêve ?
J’espère toujours monter Alcyone de Marin Marais, pourquoi pas à l’Opéra-Comique ?