Humour et mélancolie avec Emir Kusturica

Quand Emir Kusturica a remporté sa deuxième palme d’or à Cannes avec son chef-d’oeuvre Undergroud, Alain Finklekraut avait écrit un violent réquisitoire dans Le Monde, intitulé « L’imposture Kusturica », avant d’avouer peu après qu’il n’avait pas vu le film.
Alors que les bombes pleuvaient sur Belgrade, le cinéaste serbe terminait à Paris le montage d’un film racontant l’histoire absurde, dramatique et comique d’individus qui vivent retranchés dans un sous-terrain sans savoir que les hostilités ont cessé.
Pressé de se déterminer politiquement, Kusturica tentait de rester un artiste, par nature libre et indépendant, en clamant son attachement à une Yougoslavie unie, tout en ayant souffert des années Tito, sans choisir le « camp du Bien » et sans condamner « le camp du Mal ». Conscient que son attitude peut ressembler à de la provocation, il se déclare à la fois orthodoxe chrétien et communiste. « Mystique » en tant qu’artiste, ajoute-t-il et « romantique » dans son attachement à Fidel Castro.
Les positions d’Emir Kusturica n’appellent aucun commentaire ou nous plongeraient dans un débat sans fin. Elles traduisent l’état d’esprit d’un homme déchiré et né dans une région tragique du monde.
Emir Kusturica est un immense artiste, qui parvient à résister, on ne sait par quel miracle, aux pressions économiques et au nivellement par le bas qui pèse sur le cinéma. Fellini, nous a-t-il rappelé, ne trouvait pas de financement pour ses films, à la fin de sa carrière. Mais il reste confiant pour l’avenir du septième art. Tant qu’il restera des hommes assez fous pour produire des films « venant de nulle part » ou pour les regarder.
La première fois que j’ai vu Underground, c’était à la télévision, dans la chambre de Nelson Freire à Paris, avec Martha Argerich et Nicholas Angelich. Je me souviens de notre émotion à voir ce monument de l’histoire du cinéma, aussi complexe, mélangé, paradoxal, dérisoire et grand qu’une pièce de Shakespeare ou qu’un opéra de Mozart.
L’humour tonique et désespéré de Kusturica est inaccessible à qui n’a jamais éclaté de rire en lisant Kafka, Don Quichotte ou en écoutant une symphonie de Chostakovitch.
Voici son programme :
Madeleines :

– The Clash : Should I stay or should I go
– Sex Pistols : My way
– Lou Reed : take a walk on the wild side

Classique :

– Le printemps, Vivladi, 4 saisons : par Nigel Kennedy
– Symphonie du nouveau monde de Dvorak
– Valse du Beau Danube bleu de Johann Strauss
– La Flûte enchantée de Mozart

La vie : Chat noir chat blanc d’Emir Kusturica
La mort : de la techno
L’amour : Si tu t’appelles Mélancolie de Joe Dassin
Voici son programme :