Hannah Schygulla

Hannah Schygulla

On ne rencontre pas l’égérie du cinéaste allemand Rainer Fassbinder sans une certaine émotion. Cela a eu lieu chez elle, dans une impasse, près de la place des Vosges. Sa maison lui ressemble. Pleine d’objets, de souvenirs, dans des pièces vastes et agréables à vivre. Elle voulait qu’on prépare ensemble l’émission en écoutant des musiques. Sa liste était un peu trop remplie, il a fallu couper, choisir, élaguer. C’était un délicieux mélange d’organisation à l’allemande et d’improvisation à la française. Elle m’a laissé choisir les morceaux dans lesquels elle chantait elle. Je lui ai conseillé de commencer par « Lili Marlène » pour que l’auditeur soit tout de suite dans le bain. C’est l’un de ses plus grands rôles, c’est un grand Fassbinder et c’est une chanson que tout le monde connaît. Son amie, qui est cubaine, est arrivée à ce moment-là et m’a appuyé. Hannah Schygulla était un peu déçue. Les artistes veulent toujours profiter de leurs passages radio pour faire découvrir des titres méconnus, mais, au début d’une émission, on a besoin de rassembler tout le monde et de créer une atmosphère magique.

Voici la liste à laquelle nous sommes arrivés :

Schygulla : Lili Marlen

Madeleines

Wiegenlied (Brahms)

Piaf : Milord

Elvis Presley

Rachmaninov : Vocalise par Nelly Lee

Carl Orff : Carmina Burana « O fortuna » / Plasson

Rachmaninov : 3e Concerto, 1er mvt, Martha Argerich

Barenboïm : Buenos Aires Querida « Verano Porteno » (Piazzola)

Mahler : Kindertotenlieder n° 4 « Oft denk ich » / Ferrier

Schygula chante Brecht « Surabaya Johnny » (j’ai le CD)

Schumann : Fantasiestücke op . 73 par Holliger/Brendel

Schumann : Stille Tränen par Marian Anderson

Verdi : Requiem « Recordare » / Baltsa Tomowa Sintow / Karajan

Preissner : « Enfer » de « La double vie de Véronique »

Cathy Berberian : Offenbach : Ah quel dîner… (Périchole)

Mozart : Et incarnatus est / Janowitz (Messe en ut)

Schygula : « T’es tout en cuir » (Fassbinder/Sénia)

Hannah Schygulla joue en ce moment « Par coeur » aux Bouffes du Nord, une pièce de Jean-Claude Carrière. C’est l’histoire d’une actrice qui perd la mémoire. Au cours de l’émission, Hannah Schygulla a eu un trou de mémoire et a eu la présence d’esprit de dire : « Voilà que je deviens comme mon personnage ». Cette double mise en abyme (une actrice dont la mémoire flanche pour parler d’une actrice qui ne souvient plus de son rôle et qu’elle va incarner sur scène) nous a bien fait rire.

Olivier Bellamy