Georgette Lemaire, Gervaise ascendant Cosette

1. Que diable n’a-t-elle choisi l’Opéra de Quat’sous, notre brave Georgette Lemaire ! On serait resté dans la note de ses malheurs. A vrai dire, il semble que son fils Tony lui ait soufflé la substantifique moelle de son programme. A la fin de l’émission, il lui a lancé sur un ton de tendre reproche : « Pourquoi n’as-tu pas parlé de Mort à Venise pour la Cinquième de Mahler ? » Du genre : on l’avait pourtant bien répété à la maison. Elle avait l’air navrée, Georgette. Encore un coup de ce Johnny Stark qui tentait sans doute encore, du haut de son fauteuil de nuages, de lui tirer le tapis sous le micro.  « C’est de ma faute, lui ai-je dit pour la rassurer, j’aurais dû vous lancer sur Visconti. » Mais j’avais peur qu’elle pense qu’il s’agisse du nom d’un maffioso qui aurait lui aussi tout fait pour l’éloigner des studios de télévisions pour favoriser plus encore la carrière de la docile Avignonnaise.

Mais elle était si touchante Georgette, si honnête, si vraie que l’on comprend aisément que le public populaire se soit aussitôt reconnu en elle. On comprend aussi qu’elle en ait bavé dans cet univers de requins qu’était (gardons ce pudique et consensuel imparfait de l’indicatif qui n’en pense pas moins) le milieu du show-biz.

Bien sûr, il ne fallait pas s’attendre à un cours sur la facture des violes dans la musique élisabéthaine ou sur l’importance de la septième diminuée dans l’oeuvre de Wagner. Mais remarquez qu’entre Philippe Némo et Georgette Lemaire, l’ambitus maximal a été atteint cette semaine. C’est cela Passion Classique, un lieu de partage et d’émotions pour tous. Les gagnants à l’applaudimètre ne sont pas forcément les plus savants, mais les plus généreux, les plus sincères et les plus ouverts au dialogue.

A micro fermé, j’ai demandé à Georgette Lemaire si elle était déjà allée à un concert de musique classique. Elle m’a regardée d’un air confus, sans chercher à mentir, et a secoué tristement la tête. « Mais j’aimerais bien… » a-t-elle ajouté comme si l’aveu de ce désir devait me consoler d’un hypothétique regret de l’avoir invitée.

Non, Georgette, rassurez-vous, vous étiez chez vous sur Radio Classique. Mais promettez-moi à l’avenir d’écouter un peu plus souvent notre station. Il est des musiques éternelles, sachez-le, qui guérissent les bleus à l’âme plus sûrement que d’innocentes chansonnettes.

2. Le dernier message d’Alain de Toulouse (chapitre Gérard Lesne) m’a bien fait rire.

3. Vos escarmouches autour d’Arnold Schönberg m’ont bien amusé également. D’autant que j’ai enregistré au même moment une émission avec Claude-Michel Schönberg (passionnante) que vous découvrirez bientôt en mai dans une semaine « Londres ». Vous y entendrez un court extrait du Premier Pas, qui n’est certes pas Pierrot lunaire, mais qui est bien joli tout de même…

 Voici le programme de notre Georgette nationale :

Joann Strauss – Le beau Danube bleu

3 « madeleines » musicales.

–   -André Claveau – Domino

-Al Jarreau – Agua de beber

-José Feliciano – Angela

– morceaux de musique classique.

– Les Choeurs de l’Armée Rouge – Moscow nights

– Richard Wagner: Tristan und Isolde – Prélude

– Gershwin – Rhapsody in blue

– Mahler Gustav – Adagietto Symphonie N°5 (version du film mort à venise)