GABRIEL DUPONT SORT DE L’OMBRE

Mort à l'âge de 36 ans, Gabriel Dupont laisse pourtant deux grands cycles pour piano et un quintette qui trouvent ici leur référence discographique.

Gabriel Dupont est de ceux qui savent dire des choses neuves et fortes dans un langage issu de la tradition. Le sien dérive de Franck et surtout Fauré : un Fauré moins sophistiqué, plus direct et ne reculant pas devant une brutalité vériste ou même le barbarisme si les nécessités de l’expression le réclament.
Le Poème est l’une des plus belles œuvres de la musique de chambre de cette époque. De vastes proportions, son geste expressif large et une partie de piano généreuse et spectaculaire en font presque un concerto à la Rachmaninov. La plainte de celui qui se sait condamné y alterne pathétiquement avec l’entrain et la gaieté d’un homme jeune et encore rempli de vitalité et de joie de vivre. C’est à Marie-Catherine Girod que l’on doit le premier et remarquable enregistrement de La Maison dans les dunes. Elle propose ici des extraits des deux suites choisis avec suffisamment d’intelligence et de sensibilité pour en représenter l’essence même. Son choix privilégie la lumière sur l’ombre, la mélancolie sur le désespoir, et la joie des enfants jouant au jardin sur la mort qui rôde : elle atteint à un véritable état de grâce dans la Mélancolie du bonheur et La Maison du souvenir et au bonheur total dans l’évocation du jardin ruisselant de soleil et de joie enfantine. Elle sait communiquer sa ferveur aux Prazák, si bien que l’auditeur cède avec complaisance aux sortilèges irrésistibles émanant du " sourire à travers les larmes " de cette musique émouvante et inspirée.