Frédéric Chaslin pour retrouver l’autre

1. Frédéric Chaslin (prononcer « chasse l’un ») est pianiste, chef d’orchestre et compositeur. Il a récemment dirigé Natalie Dessay et Laurent Naouri dans « La Traviata » de Verdi à Santa Fé. Il a aussi imaginé un spectacle musical autour d’Astérix et Obélix, mêlant chanteurs et comédiens, musique de son crû et grands airs d’opéra pour initier les enfants (de 7 à 77 ans, Hergé et Gosciny même combat) à la musique classique. Il a aussi écrit un opéra néo-tonal d’après « Les hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë. Bref, il fait ce qui lui plaît sans crainte du qu’en-dira-t-on avec le souci de plaire au public. Mais il ne fait pas n’importe quoi. Son livre « La musique dans tous les sens » (France-Empire, 316 pages, 18 €) est le garant de sa vaste culture, de son intelligence pénétrante et de son désir de communiquer des émotions. Avec la volonté d’être un créateur « conscient » comme disait Ravel et cherchant « humblement à faire plaisir » comme disait Debussy.

Boulézien repenti, il affirme aujourd’hui avec esprit que le meilleur moyen de prouver l’impasse dans laquelle le musicien le plus subventionné de France s’est enferré, c’est de le citer. Schubert est « inutile » a dit Boulez. Comme Sartre a dit que tout anti-communiste était un chien. Mauvais souvenirs d’un terrorisme intellectuel qui a laissé des traces profondes dans notre pays. On trouve aujourd’hui Dutilleux et Camus plus proches de notre sensibilité et d’un des fondements de la pensée qui est le doute. Mais c’était une autre époque. Et comme dit Aragon : « Il faut juger alors avec les yeux d’alors ! »

Je ne résiste pas à rappeler la phrase de Baudelaire sur la modernité, que cite Chaslin dans son livre. « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Le créateur est condamné à faire du neuf avec du vieux sans mépriser la légèreté de son époque et frapper haineusement ses pairs avec les ossements de ses pères. Vaste débat !

2. Fallait-il reprendre Michèle Cotta qui a commis le « crime » d’attribuer La bohème à Verdi alors qu’elle appartient à Puccini ? Sans doute. Mais nous étions au début de l’émission. Devais-je risquer de la déstabiliser alors que la plupart des auditeurs « avaient rectifié d’eux-mêmes » comme on dit. Par la suite (dommage pour l’auditeur qui, furieux, à partir de ce moment, a coupé le bouton en guise de représailles, pour laver l’affront commis à son orgueilleux savoir), Michèle Cotta s’est corrigée toute seule. Preuve que ce n’était pas de l’ignorance de sa part, mais simplement un « cuir ». J’aurais quand même dû la corriger gentiment, ne serait-ce que pour éviter l’agacement de ceux qui savaient, dissiper le trouble de ceux qui n’étaient pas sûrs et informer ceux qui ne savaient pas.

Voici le programme de Frédéric Chaslin :

Frédéric Chaslin

Ravel : Concerto en sol (3e mvt) par F. Chaslin (MP3)

Madeleines

Dvorak : Symphonie du Nouveau Monde – 2e mvt (Talich)

Générique des « Maîtres du mystères » de Pierre Billard

Charles Aznavour : Et pourtant

Programme

Prokofiev : Symphonie n° 5 – mouvement lent (Temirkanov)

Peter Etvös : Chinese Opera

Schubert : Symphonie Inachevée – 2e mvt – Furtwängler – Vienne – EMI

Chaslin : Wuthering Heights (MP3)

Norbert Glanzberg : Padam (par Edith Piaf)

Richard Strauss : Une vie de héros – dernier mvt par R. Kempe

Mahler : Symphonie n° 7 – 1er mvt (Kubelik)