François Zimeray, idéalisme et réalité

Ambassadeur de France en charge des Droits de l’Homme, François Zimeray semble avoir trouvé le ton juste, entre conviction, et modestie, idéal et réalisme, pour mener à bien une mission qui évoque tour à tour les Douze Travaux d’Hercule, le Tonneau des Danaïdes ou le Rocher de Sisyphe.
Son langage n’est pas trop pollué par le prudent sabir du Quai d’Orsay. Il sait raconter avec justesse et émotion les scènes qui l’ont le plus marqué : la souffrance des enfants, l’humiliation des femmes, la misère ; mais nous rappelle deux vérités fortes que l’on se doit de méditer : 1. Il faut avoir le souci du mot juste pour éviter, avec ses mots excessifs, « d’ajouter au malheur au monde » (Albert Camus). Ainsi, François Zimeray a rappelé que plus on s’éloigne géographiquement d’un conflit réel fortement médiatisé, plus on trouve une violence verbale hors de propos avec la réalité et une récupération moralement indigne – 2. On trouve l’expression d’un grand bonheur et d’authentique joie de vivre dans les régions les plus pauvres du monde. Lorsqu’un amiral anglais est arrivé en Australie, il a été surpris par le fait que les Aborigènes semblaient beaucoup plus heureux que ses compatriotes ; on connaît la suite… Ajoutons que le prestige de notre modèle occidental en prend un coup lorsqu’on voit avec quelle humaine douceur les Africains traitent leurs personnes âgées. Cela dit, pas de romantisme ou d’idéalisation forcenée, le Mal et la brutalité rôdent partout, simplement le bien-être et le niveau de vie ne sont pas forcément deux routes parallèles, n’en déplaise aux beaux esprits qui pérorent sous nos latitudes et dont l’angélisme narcissique ressemble à s’y tromper à un cynisme renversé.
Pour en revenir à la musique, je me souviens subitement de ce qu’avait dit Christian Jacq, dans Passion Classique, avec une grande justesse : « le génie de Mozart repose sur une connaissance et une acceptation du réel », palier indispensable pour parvenir à une réelle transcendance, qui ne doit pas servir à travestir une fuite du réel, précisément. Car sinon, c’est la névrose, voire la psychose.
Les opéras de Mozart parviennent au sublime tout en racontant des choses très simples : un couple qui mesure sa chambre à coucher, un seigneur qui tente de séduire une paysanne, etc. C’est cette connaissance du réel qui aura manqué à Beethoven dans son Fidelio, qui est un opéra raté (même si la musique est belle et que Beethoven est un génie) pour cause d’idéalisme forcené sans une acceptation préalable du réel. N’en déplaise à ceux qui, comme Gérard Mortier, portent cet opéra au plus haut parce qu’une vision idéologique de l’art (donc des choses humaines) conduit irrémédiablement à obscurcir son jugement.
Voici le programme de François Zimeray :
morceaux classiques :
– Mélodie hongroise de Schubert
– Nocturne op. 55 n°1, Chopin
– 1ère Gnossienne, Erik Satie
– Symphonie n°5 de Mahler

3 madeleines :
– « Alger, Alger » de Lili Boniche
– « School », Supertramp
– « Heure exquise »

Musiques pour la vie, la mort, l’amour :
– la vie : « Le temps qui reste », Serge Reggiani
– l’amour : « The Greatest », Cat Power
– la mort : « La Mémoire et la mer » de Léo Ferré