Un concert festif de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg !

Concerts de la fin d’année.

Impossible de vivre un 31 décembre et de célébrer le passage à la nouvelle année sans musique festive, sans bonne humeur ! Si la musique tzigane sera le plat de résistance de ces concerts, d’autres balades musicales dans des contrées plus ou moins lointaines figureront également au menu. Toutes ces musiques teintées de nostalgie évoquent des peuples habitués au nomadisme. À la question « Comment peut-on définir la musique tsigane ? » Norbert Jensen, ancien percussionniste de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, nous avait répondu : « C’est une musique de nomades et de migration limitée géographiquement aux pays d’Europe centrale. Ce n’est pas tout à fait une musique folklorique, car celle-ci trouve plutôt son inspiration dans les chansons populaires alors que, dans la musique tzigane, des échos, des résonances des musiques asiatiques se font entendre. La musique n’est pas écrite, elle est visuelle et auditive… La musique tzigane est différente selon les pays. Les hongrois ne jouent pas comme les bulgares, les bulgares comme les roumains, … ».

Par ailleurs, les tziganes se sont emparés d’instruments caractéristiques : la clarinette, l’accordéon, le cymbalum, le violon dont la dynastie Lakatos est la plus parfaite illustration. Avec son ensemble, Roby Lakatos, qui appartient à la lignée de l’illustre violoniste János Bihari, vénéré par Franz Liszt, entraînera l’auditeur dans un monde où la musique est une fête de tous les sens, avec notamment un sens inné de l’improvisation comme dans Le Vol du bourdon que Nikolaï Rimski-Korsakov intègre à son opéra Le conte du tsar Saltan. Avec Memory of Bihary, Ivo Csàmpai évoque le personnage central de cette dynastie qui a façonné l’histoire du violon dans les Balkans depuis le XVIIIe siècle.  Les deux pages qui ouvriront les deux parties de ces concerts sont signées des compositeurs les plus « classiques » : Johann Strauss fils et Hector Berlioz. Le premier, dont l’arrière-grand-père était un juif hongrois, fut surnommé le « Roi de la valse ». En trois actes, Le Baron tzigane alterne avec brio les valses, les mazurkas, les polkas et les czardas et réalise avec habileté une synthèse entre musique viennoise et folklore hongrois. Hector Berlioz emprunte le thème de sa Marche hongroise à la Marche dite de Rákóczi, considérée comme l’air national des Magyars. Cette Marche hongroise qui clôt la première partie de La Damnation de Faust a été immortalisée par Gérard Oury dans le film La Grande vadrouille, réunissant Louis de Funès et Bourvil.

Georges Boulanger et Vladimir Cosma sont nés en Roumanie et ont émigré, le premier en Amérique du Sud à partir de 1948, le second en France en 1963. Avant de mourir connue dans les pays anglo-saxons sous le titre My Prayer est probablement la chanson la plus célèbre de Georges Boulanger, qui en composa plus de 250 en s’inspirant des traditions musicales tziganes. C’est Michel Legrand qui ouvrit les portes de la musique de film à Vladimir Cosma. Depuis son premier succès avec la musique d’Alexandre le Bienheureux, plus de 300 partitions jailliront de ce faiseur de mélodies, gravées à jamais dans les mémoires comme celle du Grand blond avec une chaussure noire, film d’Yves Robert de 1972. Le thème inspiré d’une danse roumaine, la sîrba, est interprété au cymbalum et au naï. Le violon, associé aux tziganes, est aussi celui de la communauté juive au même titre que la clarinette ou le cymbalum, instruments de la musique klezmer. La comédie musicale Fiddler on the Roof (Un violon sur le toit) vaudra à ses auteurs, dont Jerry Bock pour la musique, un succès planétaire. Elle met en scène un laitier généreux et bon luttant contre l’oppression. Dans un village d’Ukraine, les communautés chrétiennes orthodoxes et juives vivent en bonne intelligence jusqu’à la publication d’un décret impérial ordonnant aux juifs de s’exiler. Pour échapper à l’antisémitisme européen, la seule solution est d’émigrer aux États-Unis. Parmi les airs, citons If I were a rich man! (Ah, si j’étais riche !).

Ces deux concerts honoreront la mémoire du Roi du tango, Astor Piazzolla, dont on a célébré cette année le centième anniversaire de la naissance. En 1984, Piazzolla déclarait : « En Argentine, […] on peut changer tout sauf le tango. Le tango est comme une religion. Mais, par chance, je l’ai changé ». Le tango exprimait l’âme du peuple argentin mais au fil du temps, cette expression s’est figée et l’on doit au compositeur d’être parvenu à lui donner une nouvelle dimension artistique : le tango nuevo. En 1984, il compose Oblivion pour le film Henri IV du réalisateur italien Marco Bellocchio. Évoluant sur un rythme rigoureux, cette page émouvante et nostalgique laisse beaucoup d’espace au développement d’une mélodie lyrique et introspective. C’est en 1968 à Buenos Aires que Piazzolla compose la valse-tango Chiquilin de Bachin (Le petit garçon à Bachin) sur des paroles d’Horacio Ferrer.  Ce petit garçon est un mendiant des rues vendant des petits bouquets de fleurs. Le compositeur et le parolier nous interpellent en nous suggérant de faire davantage pour ces enfants.

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