Fellag ou se tenir les côtes pour rapprocher les coeurs

  Olivier Bellamy reçoit Mohammed Fellag sur Radio Classique

Les madeleines avaient un parfum de fleur d’oranger en ce vendredi, jour du Prophète.

A propos de Prophète, une petite histoire, spirituelle dans les deux sens du terme :

« Le calife vient de mourir. Un mendiant s’assoit sur son trône. Le grand vizir ordonne aux gardes de se saisir de lui.

– Je suis au-dessus du calife, dit le mendiant.

– Tu es fou, dit le grand vizir. Au-dessus du calife, il n’y a que le Prophète.

– Je suis au-dessus du Prophète, dit le mendiant.

– Quoi ! Misérable ! Comment oses-tu ? Au-dessus du Prophète, il n’y a que Dieu.

– Je suis au-dessus de Dieu, répond tranquillement le mendiant.

– Blasphème ! hurle le grand vizir. Au-dessus de Dieu, il n’y a rien !

– Justement, dit le mendiant, je ne suis rien. »

Mohammed Fellag est né en Algérie française. Aujourd’hui, il vit en France, parce qu’il a craint pour sa sécurité, même s’il est une grande vedette de l’autre côté de la Méditerranée et même si le calme y est revenu. Par son humour, sa finesse, sa sensibilité et l’élévation de son esprit, il apporte beaucoup pour la compréhension et l’amitié des deux peuples aux destins étroitement liés, malgré les cicatrices, les peurs et les rancoeurs. Dans ce genre de situations, le silence est un poison et les mots font mal. Fellag a choisi d’en rire. Pas pour oublier, mais pour dissoudre les tensions et regarder vers l’avenir.

Ses spectacles devraient être vus dans les écoles. Espérons qu’il ne sera pas oublié lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 2012.

Une auditrice a été blessée quand j’ai parlé de « l’occupation française ». Il y a des mots qui rappellent d’autres situations. Chaque douleur est unique et rien n’est comparable. Mais on se doit de dire ce qui est, sans juger et sans culpabiliser à outrance. On peut aussi dire « disparu » ou « parti » pour éviter le mot « mort », mais l’essentiel est de se parler, de libérer les coeurs pour mieux les rapprocher.

La très grande douceur de Fellag ont apporté à ce vendredi gris et pluvieux un rayon de soleil et un souffle d’humanité. Bon week-end à tous.

Voici son programme :

Madeleines

1/ Plaisir d’amour par Yvonne Printemps

2/ Djamal Allam, Gatlato

Musique classique

1/ Cintec de dragoste si joc, de Taraf de Haïdouks

2/ Chostakovich: (Allegro non troppo) Symphonie N°8 en do mineur

3/ Luigi Boccherini: Concerto pour violencelle N°9 (Rondo allegro)

4/ Chopin: Sonate pour violoncelle piano Opus 65 (Largo)

« Mélodies d’amour »

1/ Mozart: Petite musique de nuit (allegro) Claude Bolling ( Jazzgang A.

Mozart)

2/ I palami sou de Angélique Ionatos

3/ Léo Ferré, La mémoire et la mer

Concerto d’Aranjuez de Rodrigo par Naciso Yepes