Ex-chauffeur d’Uber reconnu comme salarié : quel avenir pour le business model des VTC ?

La Cour de cassation vient de compliquer la vie d’Uber. La plus haute juridiction française vient de donner raison à un ancien chauffeur VTC qui avait attaqué le géant américain pour se faire reconnaître comme salarié et non comme indépendant.

 

Uber ou Deliveroo ont profité d’un vide juridique pour précariser les petits boulots

La Cour de cassation a donné raison hier à un chauffeur Uber ayant assigné la plateforme pour qu’elle le considère comme un salarié et non comme un simple indépendant. La Cour a justifié sa décision en disant qu’il y avait bien un lien de subordination. Le chauffeur peut en effet décider de se connecter ou non à la plateforme, mais c’est un peu sa seule liberté. Une fois qu’il est connecté, il doit en fait accepter toutes les courses ou presque. Il ne choisit pas le parcours et le prix lui est imposé. C’est un travailleur indépendant fictif, a dit la Cour.

 

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Ce verdict est un problème pour Uber, mais aussi pour tous les autres acteurs de l’économie collaborative, pour tous ceux qui font appel à des auto-entrepreneurs. Cela vaut pour les Brigad dans la restauration, StudentPop dans les boulots étudiants, les Deliveroo dans la livraison… Tous vivent sur le mythe du travailleur indépendant. En fait, ils ont profité d’un vide juridique pour essayer de rendre encore plus précaires les petits boulots. Ils veulent réduire leurs charges sociales, leurs contraintes, leurs congés payés, les assurances…

 

 

La décision de la Cour devrait en fait avantager les géants du secteur

Sauf que la Cour vient d’ouvrir la voie à une jurisprudence. Cela ne va pas tout changer pour les auto-entrepreneurs dans un avenir immédiat mais cela va obliger les plateformes à envisager un nouveau cadre social plus vertueux. Cette nouvelle donne complique le business model d’Uber. Cela pourrait avoir un impact sur les marges ou pourrait les obliger à augmenter leurs prix et ainsi, leur faire perdre des clients. En même temps, Uber a commencé comme un cow-boy en se moquant des règles sociales, légales et fiscales.

 

 

Quand le nain est devenu un géant, la pression s’est accentuée. Les taxis ont voulu plus de règles pour que la concurrence soit loyale. Les Etats ont voulu des impôts. Sur le front social, sans basculer dans un contrat trop rigide, il va falloir des avancées. La relative bonne nouvelle pour Uber ou Deliveroo, c’est que maintenant qu’ils sont grands et puissants, ils vont pouvoir s’adapter. Certes, cela va leur coûter de l’argent et leur compliquer la vie, mais cela va aussi créer des barrières à l’entrée qui seront difficiles à surmonter pour de nouveaux acteurs. Le paysage concurrentiel devrait se figer un peu plus.

 

David Barroux

 

Retrouvez le Décryptage Economique de David Barroux