Environnement : La désalinisation de l’eau est-elle la solution miracle face aux pénuries ?

L’humanité est sous la menace d’impacts irréversibles du réchauffement climatique. C’est une nouvelle alerte que lance le GIEC, groupe d’experts du climat, dans un rapport qui  n’est pas encore publié mais obtenu par l’Agence France Presse. Parmi ces impacts, on compte les canicules extrêmes, les sécheresses chroniques et les pénuries d’eau. Au sujet de l’eau, la Jordanie a d’ailleurs annoncé il y a quelques jours qu’elle allait construire une usine de désalinisation d’eau de mer, une technique qui se multiplie dans les pays déjà impactés.

Désalinisation : « il y a un impact environnemental, il faut deux litres d’eau salée pour produire un litre d’eau potable » affirme Esther Delbourg

Cette usine construite au bord de la mer Rouge est un projet à 1 milliard de dollars et sera opérationnelle dans cinq ans. Elle devra permettre aux autorités de couvrir les besoins en eau potable du pays pour les deux prochaines décennies. Comme la Jordanie, de nombreux pays ont installé ces dernières années des usines de dessalement. Esther Delbourg, économiste de l’environnement et spécialiste des questions des ressources en eau, dresse l’état actuel de la production d’eau dessalinisée : « on a de plus en plus de problèmes d’eau dans le monde, 20% des gens dans le monde ne peuvent pas boire à leur soif et un changement climatique accentue les problèmes de stress hydrique (…) pour l’instant, 1% de l’eau que l’on boit dans le monde vient de l’eau dessalinisée, l’Arabie Saoudite a environ 20% de la production mondiale, suivent les Emirats Arabes Unis, Israël, les Etats-Unis et l’Australie ».

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En Israël, par exemple, cinq usines fournissent 80% de l’eau potable du pays. Alors la désalinisation de l’eau de mer est-elle la solution miracle face aux sécheresses qui se multiplient et donc face au manque d’eau ? Pas vraiment, car ces usines consomment beaucoup d’énergie, et leur impact sur l’environnement est contesté, comme le souligne Esther Delbourg : « c’est très cher, cela demande beaucoup d’électricité (…) il y a un impact environnemental, il faut deux litres d’eau salée pour produire un litre d’eau potable (…) le reste d’eau salée est rejetée dans l’environnement, si ce n’est pas fait correctement cette eau extrêmement saline sera rejetée dans un environnement pas prêt à l’accepter ».

 

Une équipe de chercheurs du CNRS a mis en place une nouvelle membrane permettant de dessaler plus d’eau en consommant moins

De nombreux chercheurs travaillent sur l’optimisation de ces techniques, par exemple pour recycler le sel au lieu de le rejeter en mer, ou pour en améliorer la productivité. Mihail Barboiu, directeur de recherche au CNRS, a mis en place avec son équipe une membrane permettant de dessaler trois fois plus d’eau et de consommer 12% d’énergie en moins, une technologie qui permettra de « baisser les coûts et les investissements dans de nouvelles installations », comme le souligne le chercheur. Cette technique est en train d’être développée industriellement.

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Selon Mihail Barboiu, le dessalement de l’eau de mer va devenir nécessaire. Mais pour Esther Delbourg, cette technique ne doit rester qu’une solution de dernier recours, il faut optimiser les ressources, revoir les usages avant d’être obligés d’arriver au stade de la désalinisation, une urgence pour les pays qui disposent encore de ressources comme la France.

Baptiste Gaborit

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