En plein Brexit, les violences policières continuent d’agiter la France.

Le Brexit domine à la Une des journaux, qui titrent de façon plus ou moins optimistes sur le départ des Britanniques de l’U.E. L’occasion aussi pour Vanity Fair de dresser le portrait d’une anglaise très connue outre-Manche, Pénélope Fillion.

 

Une double raison d’écouter Beethoven ce 31 janvier 2020

Honneur à la presse anglaise ce matin et plus particulièrement à la Une du Guardian, qui montre devant les falaises de la côte anglaise un petit château de sable avec son drapeau anglais. Et ce titre : « Une petite île ». Après 47 ans, la Grande-Bretagne quitte l’Union Européenne à 23 heures ce soir, heure locale; le plus gros pari d’une génération. Le Sun, plus enthousiaste, a choisi de titrer : « Notre heure est venue ». Le Daily Mail quant à lui parle d’une nouvelle « Aube pour la Grande Bretagne ». Le Times se montre le plus sceptique. Il publie une caricature de Boris Johnson faisant le grand saut de la poêle à frire européenne dans le feu de la chevelure de Donald Trump. Les journaux français se mettent eux aussi à l’heure anglaise. « Bye Bye » titre Le Parisien et le magazine Challenges. « It’s Time » choisit Libération, qui propose une édition spéciale Brexit. La Croix est optimiste et titre « See You ».

 

 

 

L’hebdomadaire du quotidien catholique nous invite à écouter la 9e symphonie du grand Ludwig van Beethoven, autant pour célébrer l’anniversaire de sa naissance il y a 250 ans, que pour nous consoler du départ des Anglais avec le fameux hymne à la joie du 4e mouvement, devenu l’hymne européen il y a 35 ans. Dans Libération, Paul Quinio revient sur cette étrange relation aigre-doux et les raisons si variées du divorce: « On adore ça, les beans on toast. Et on les adore tout court, les British, même lorsqu’ils larguent les amarres. Mais on leur en veut aussi d’avoir cédé à cette sirène anti-européenne populiste sur laquelle a surfé Boris Johnson ». Benoît Gaudibert rappelle dans l’Est Républicain « qu’à défaut d’être des partenaires européens, les Anglais resteront nos alliés, ces chers voisins un rien excentriques qu’on continuera d’apprécier pour leur culture, leur esprit d’indépendance ou encore leur humour ». Dans Le Parisien, Frédéric Vezard parle d’un « élixir de vérité ».

 

Photo d’Emmanuel Macron à Angoulême : un geste scandaleux pour les syndicats de police

En clair : « Si l’économie de la Grande-Bretagne s’effondre, preuve sera faite que l’Union européenne est un bienfait pour ses membres. Si à l’inverse elle prospère, les anti-européens auront trouvé un argument de poids pour nourrir leur discours de rupture ». Que va faire Boris Johnson maintenant ? Rémi Godeau, dans L’Opinion, estime qu’il va tenter de réinventer une « one-nation conservatism », en adoptant une politique alliant le social aux valeurs traditionnelles, renvoyant dos à dos libéralisme économique et progressisme culturel. Pour l’Humanité, Johnson va copier Margaret Thatcher. L’Humanité qui a préféré titrer ce matin sur les violences policières et qui entend bien convaincre le lecteur qu’il vit dans une dictature où les violences policières auraient fait 26 morts en 2019. Mais quand on ouvre le journal, on s’aperçoit que le quotidien mélange allègrement les bavures, les interpellations qui virent au drame et les décès intervenus à la suite d’une opération de maintien de l’ordre. Alors Marianne prend timidement la défense du président sur sa couverture.

 

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L’hebdomadaire titre : « Non Monsieur le Président vous n’êtes pas un dictateur… », mais vous êtes un néolibéral autoritaire. Un néolibéralisme tempéré par la Une de Valeurs actuelles, qui nous dit exactement le contraire en évoquant l’enfer administratif français, pas loin d’évoquer la bureaucratie soviétique. Le Parisien rapporte ce matin comment la visite d’Emmanuel Macron a dérapé hier au Festival de la bande-dessinée d’Angoulême, avec une photo qui a provoqué la colère des policiers. A la sortie d’un déjeuner avec des auteurs de BD, le président prend la pose avec le dessinateur Jul, qui lui met dans les mains un t-shirt sur lequel figure un personnage portant un pansement à l’œil, assorti de la mention « LBD 2020 ». Un jeu de mot qui associe BD et LBD; ces fameuses armes utilisées pendant les manifestations avec les résultats que l’on sait. Il n’en fallait pas davantage pour irriter deux des principaux syndicats de police. Alliance et SGP-FO ont jugé le geste présidentiel scandaleux. Emmanuel Macron s’est donc fendu d’une déclaration en fin de visite.

 

La revue de presse qui vous fait aussi découvrir ce matin le concept de « l’adulting ».

Le Brexit prend effet aujourd’hui. Hier François Fillon revenait à la télévision pour dire qu’il ne reviendrait plus en politique. Deux raisons de lire dans Vanity Fair le portrait d’une Anglaise ; celui de Pénélope Fillon à quelques jours de son procès, où elle partagera la vedette avec son mari. L’article raconte le parcours de cette Anglaise venue en France et qui aurait tant voulu travailler. Le tout, écrit par Sylvie Bommel avec un mélange de tendresse et d’acide objectivité. Evidemment, il y est question de ses emplois présumés fictifs mais pas seulement. Il est rédigé comme un texte littéraire qu’il faut lire, si possible, à la campagne à l’heure du thé devant un bon feu de cheminée. On y apprendre que les Fillon achètent en 1993 le domaine de Beaucé, situé sur la commune de Solesmes à une bonne heure à pied du centre du village et de ses 1 200 habitants. François Fillion y est heureux; le week-end, il peut jouer au gentleman-farmer sur son joli tracteur orange, au volant duquel il posera pour Paris Match. Son épouse y est heureuse aussi : elle achète aux enfants un poney irlandais, un connemara, et pour elle un pur-sang. Mieux que cela, elle se lance dans l’élevage de compétiteurs de concours complet, la discipline reine de l’équitation. « Les naissances des quatre poulains de ma poulinière ont été des moments presque aussi émouvants que les naissances de mes enfants », confie-t-elle en septembre 2008 à L’Éperon, magazine destiné aux cavaliers.

La semaine, pendant que son mari devenu ministre promène à Paris ses costumes à l’étoffe raffinée, elle patauge dans la gadoue des écuries avec ses chères bottes en caoutchouc. À chacun sa vie. Pénélope Fillion semble avoir fait sienne une des devises de sa reine, Élisabeth II : « Il est souvent préférable de regarder ailleurs ». Le magazine Elle met quant à lui le phénomène de l’adulting à la Une. Un concept qui désigne les cours conçus pour aider les trentenaires à grandir. Certains ne savent en effet toujours pas faire un lit, se faire cuire un œuf ou ranger leur chambre. On peut lire ceci à l’intérieur des pages : « Plier son linge, gérer sa vie sentimentale, devenir une grande personne, cela s’apprend désormais à l’université ». Elle cite ces formations qui se développent aux Etats-Unis où de jeunes adultes apprennent ce qu’on appelle les lifes skills – les compétences de vie. Comprenez : faire les courses, plier un drap housse, acheter des fruits et légumes, déboucher un évier… A la lecture, la sidération domine mais pas l’étonnement. Car c’est cette même génération qui fait la leçon à tout le monde et qui explique à ses aînés comment gérer la planète. Vous ne pouvez même pas lui rétorquer « va te faire cuir des œufs au bacon chez les anglais », elle ne reconnaîtrait même pas l’expression…

 

David Abiker

 

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