Emmanuel Macron «S’il y a un candidat du CAC40, c’est François Fillon»

Ce matin à 8h15 sur Radio Classique

Emmanuel Macron, Président d’En Marche ! Candidat à l’élection présidentielle

Invité de Guillaume Durand

«S’il y a un candidat du CAC40, c’est François Fillon»

Extraits :

A propos de François Fillon et des poursuites engagées contre lui

« Il est de sa responsabilité de se prononcer. Ça en dit long du sens qu’il a de la parole donnée. Après moi je ne commente pas une affaire judiciaire qui est en cours. »
(…)
« Prétendre être élu Président de la République, c’est aspirer à être le garant des institutions. On ne peut prétendre occuper une telle fonction en faisant siffler la presse dès qu’elle dit du mal de vous et en considérant que la justice est indigne ou partiale parce qu’elle fait son travail et que vous êtes concerné. Lorsqu’on s’attaque à un contre-pouvoir et une autorité, celle de la justice, je considère qu’on fait gravement fausse route. »

A propos de François Fillon et de sa réunion avec Sarkozy

« S’il y a des officines, elles sont ni du côté des journalistes, ni du côté des juges. Cette réunion entre Fillon et Sarkozy ressemble à de l’arrangement entre petits ennemis. Il s’agit d’une façon de faire de la politique qui date. Après chacun prend ses responsabilités.
(…)
« Notre pays est aujourd’hui à la croisée des chemins. Nous avons besoin de savoir quel avenir il faut choisir. Nous ne le ferons pas en conchiant les médias, les juges, en ne tenant pas sa parole et en regardant, à la fois par le prisme des affaires et les comportements du passé, les défis du pays aujourd’hui. »

A propos de sa position à gauche ou à droite

« Les Français au quotidien, lorsqu’ils sortent dans la rue ne se demandent pas si la solution est de gauche ou de droite. Avec le chômage face à eux, qu’on ne sait pas régler depuis 35 ans, ce n’est pas leur principal problème. »
(…)
« Il faut être clair sur les valeurs fondamentales, les attachements à la République et sur la façon dont on voit les grands équilibres. Je l’ai toujours été. Il faut surtout un grand pragmatisme et regarder les défis tels qu’ils sont pour les régler. »

A propos de la colonisation et de ses propos

« Ma volonté est de réconcilier à la fois les mémoires et les traumatismes de la société française pour avancer. »
(…)
« Sur l’Algérie, on m’avait fait le procès inverse il y a deux mois sur une phrase qui tenait les mêmes équilibres.
(…)
« Le discours que j’ai tenu tout le long de mon dernier voyage en Algérie est d’abord de dire : passons sur ce passé, mettons le à plat pour construite l’avenir. Pour la première fois, dans un débat politique en Algérie, j’ai parlé des Harkis et des pieds noirs. J’ai parlé de chacune et chacun. C’était fondamental. »
(…)
« La difficulté du sujet algérien, de la guerre d’Algérie et de cet période de colonisation, c’est que nous avons des miroirs et des vies brisées. »
(…)
« J’ai parlé de crime contre l’humanité, d’un crime contre l’humain ! D’une barbarie qui a été commise mais en même temps de cette modernisation par effraction que la colonisation a permise.»
(…)
« Le chemin de la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat a été pris dès Jacques Chirac. Je vous invite à regarder le discours de Constantine de Nicolas Sarkozy en 2008 ; à lire le discours d’Alger de 2012 du Président Hollande. »
(…)
« Je maintiens mon propos dans sa complexité. Oui ! Dans tous ses aspects. Nous devons reconnaître ce qui s’est passé là-bas, sans faire offense à qui que ce soit. C’est une responsabilité de l’État. Il faut la regarder en face sinon les millions de Franco-algériens, d’Algériens, de Français issus de l’immigration ne comprennent pas qu’on ne revienne jamais sur ce point-là et qu’on ne reconnaisse pas ce qui c’est passé. J’ai dit aussi les souffrances qu’avaient vécues les Pieds-noirs, les Harkis et toutes celles et ceux qui se sont battus. J’ai dit tout cela ensemble. »
(…)
« La politique de réconciliation que j’évoque est indispensable mais suppose une politique de reconnaissance de toutes ces histoires et de toutes ces mémoires. »
(…)
« En parler, c’est ne céder ni à la repentance, ni aux refoulés. J’ai pris tous les risques, sans considération électoraliste et avant même d’être en campagne, parce que je pense que notre pays ne peut avancer et construire l’avenir si, sur des sujets aussi importants que ceux-ci, il n’est pas capable de regarder son passé dans sa complexité. Je mets ces mémoires brisées côte à côte en reconnaissant chacune de ces histoires pour les réconcilier, car nous devons construire l’avenir dans nos territoires, nos banlieues, nos quartiers avec les rapatriés comme les enfants issus de l’immigration. »

A propos de ses positions sur la Sécurité

« Mes détracteurs ne regardent qu’une partie de l’histoire, celle qu’ils fantasment ou la seule qu’ils veulent voir. »
(…)
« Il faut parler à tout le pays tout de suite dans sa complexité. La France est une aspiration à l’Universel, une volonté d’autonomie. C’est un pays qui a son histoire qui a d’abord été judéo-chrétienne, qui s’en est émancipée et nourrie. La France est elle-même lorsqu’elle aspire à un peu plus qu’elle. »
(…)
« Les projets que vous évoquez sont des projets de rétrécissement de la France. C’est le cas de Marine Le Pen et de François Fillon. J’ai entendu les propositions de ce dernier sur la sécurité il y a deux jours, et quand en effet on revient sur la déchéance de nationalité qu’il avait lui-même combattu et quand on ose faire cette proposition sur l’abaissement de la majorité pénale complètement inefficace, c’est bien qu’il est à l’agonie politique. Il court donc derrière l’ombre de Sarkozy de 2012, ce qui apporte le pire. »

A propos de sa mesure sur la Tolérance zéro

« Aulnay, c’est une situation multiple. La Tolérance zéro est un préalable car la sécurité est la première des libertés. C’est celle qui protège nos concitoyens qui sont des classes moyennes, les plus modestes, celles et ceux qui vivent justement dans ces quartiers les plus difficiles. »
(…)
« Le programme qui est le mien sur ce sujet, c’est d’abord de recréer des postes de policiers et de gendarmes (10 000) ; de dégager l’équivalent de 5 000 postes en dégageant la Police de tâches indues, ne faisant pas partie de ses missions. C’est ensuite de vraiment changer la doctrine d’emploi de la Police. »
(…)
« Trois missions de la Police : l’investigation, l’intervention et la sécurité publique. Nous avons oublié cette dernière en la confondant avec celle d’intervention. Donc ce que je veux récréer, c’est une police de sécurité quotidienne. C’est-à-dire remettre des policiers qui interviennent différemment dans le quotidien des gens, qui construisent une politique de sécurité quotidienne dans les quartiers, avec les élus et les habitants. »
(…)
« Les gangs ne se construisent pas du jour au lendemain. Les gangs structurés qui font de la grande violence se constituent d’abord avec une violence quotidienne qui dégénère. Pour prévenir ce sujet, je donne à cette police de sécurité deux instruments nouveaux. Le premier, c’est la possibilité d’avoir des circuits courts ainsi que des vraies réponses de fermeté pour les policiers. Cela permettra de faire baisser la petite délinquance du quotidien qui pollue la vie de nos concitoyens. C’est notamment la possibilité pour les policiers de donner une amende immédiate. C’est efficace et conforme au droit. C’est une réponse offerte directement aux policiers qui sont sur le terrain. Il s’agira d’un rappel à la loi direct sans attendre une réponse pénale qui prend du temps. Le deuxième instrument est un pouvoir d’injonction d’interdiction du territoire avec autorisation préalable du juge. Ça permettra d’être plus efficace en agissant dès lors que les policiers constateront l’installation d’une délinquance et qu’il ne soit trop tard. »

A propos du livre écrit par Dominique de Villepin

« J’ai lu son livre dans lequel je me retrouve beaucoup. J’ai eu plusieurs discussions avec lui et c’est quelqu’un dont je partage, sur les sujets internationaux, une bonne partie de la vision. »

A propos du possible truquage des élections, des cyber-attaques

« Le mot n’est pas « truqué » mais nous avons subi des attaques répétées, multiples de hackers dont beaucoup viennent d’Ukraine avec de fortes présomptions. D’autre part, je souligne que plusieurs sites, Sputnik ou Russia Today, où vous avez beaucoup de journalistes français dont nous n’avons pas à démontrer l’orientation politique et qui sont contributeurs, ont produit des attaques en règle contre votre serviteur en propageant des rumeurs et des propos infamants ne relevant pas du journalisme mais de plutôt de la pire presse d’opinion. »
(…)
« Le mouvement En Marche a alerté à la fois sur ces cyber-attaques et d’autres part sur ces positionnements répétés de médias identifiés avec aussi des hommes politiques dont les accointances sont connues avec la Russie. »
(…)
« Je ne fais pas d’amalgame avec Marine Le Pen mais dit simplement les faits qui ont été observés. Je note d’ailleurs que cela a été pris au sérieux car le Président de la République a tenu une réunion du Conseil de Défense qui a conduit à prendre des orientations en matière de cyber-attaques et concernant la neutralité de cette campagne. »

A propos de François Hollande

« Je ne l’ai jamais revu. Si j’avais eu des contacts avec lui je ne vous en tiendrai pas compte. »

A propos de son ambition politique lors de son arrivée à l’Elysée

« Ça fait très longtemps que j’aime la politique et que je souhaitais faire quelque chose mais je n’avais pas d’idée préconçue en la matière. »
(…)
« En mai 2012, je n’arrivais pas avec l’idée d’être aujourd’hui candidat à la présidence de la République. »

A propos de son programme économique

« Je le détaillerai la semaine prochaine pour ne pas lancer de chiffre en pâture. Il s’agit d’un projet macro-économique construit qui ne relève pas du tout de la même logique que celle de François Fillon, ni des autres candidats au demeurant puisque c’est une stratégie à la fois de baisse des dépenses courantes et en même temps d’investissement. Les 60 milliards d’économie sortis dans la presse pris comme tels n’a pas grand sens. »
(…)
« Sur l’engagement de fonctionnaires, je vais en embaucher dans la police de sécurité, dans l’éducation nationale et nous n’en supprimerons pas dans la fonction publique hospitalière qui en a besoin. Après, il y a des non renouvellements qui peuvent être faits dans d’autres secteurs qui sont inévitables puisqu’on va moderniser. Ce n’est pas une méthode indifférenciée comme la méthode Sarkozy-Fillon qui a conduit à supprimer 9 000 policiers. Ça se fera secteur par secteur. Il n’y aura pas d’ambiguïté. Il y aura un chiffre, un sérieux budgétaire et une crédibilité. On restera donc dans nos engagements européens. Je constate que François Fillon a décidé de ne pas respecter ces derniers puisqu’il fait un choc fiscal en début de mandature qui le conduit à plus de 4,5%. Il ne pourra donc pas convaincre nos partenaires allemands d’aller plus loin en Europe. Il reproduit ce faisant une méthode sur le plan budgétaire et financier que nous avons bien connue en 2007 : on arrive, on fait des cadeaux fiscaux en les gageant sur des économies qu’on n’a pas encore faites. Et ces économies ne sont pas crédibles. Elles conduisent par la suite à augmenter les impôts baissés. »

A propos de l’ISF

« Sur l’ISF, nous avons besoin d’une économie des compétences et de l’innovation. J’ai besoin de femmes et d’hommes qui entreprennent et investissent dans l’économie. Ce n’est pas avec la France de Balzac que nous allons conquérir le XXIe siècle. Donc je ne change rien sur la partie immobilière ; je ne vais pas me mettre à taxer les œuvres d’art ou autres mais je sors de l’assiette de l’ISF tout ce qui est détention de titres, de cash, de parts d’entreprise et de tout ce qui finance l’activité économique. J’ai besoin de Françaises et de Français qui s’enrichissent parce qu’ils créent. Ceux qui sont partis, l’ont fait parce que réussissant, ils considéraient qu’ils seraient trop taxés. »
(…)
« Ceux qui payent l’ISF, ce ne sont pas les gens du CAC40, pas les gens très riches. Ils n’ont pas besoin de se servir des revenus et vivent sur de l’endettement constitué avec des montages permettant de ne pas payer l’ISF. Ceux qui le payent sont les gens riches ou moyennement riches qui ont besoin de revenus et ne peuvent pas optimiser. La conséquence de l’ISF est que les gens qui créent de la valeur partent ne pouvant pas le payer. »
(…)
« La clé de la réussite française est que nous ayons des PME qui arrivent à conquérir des parts de marché et deviennent des entreprises de taille intermédiaire. Aujourd’hui, l’ISF les en empêche. »
(…)
« Les allégations prononcées me qualifiant de Tartuffe ou de candidat du CAC40, sont diffamatoires. S’il y a un candidat du CAC40, c’est François Fillon (…) Mon programme n’est pas fait pour les gens qui ont déjà réussi mais pour que les gens puissent réussir et avoir de la mobilité économique. »
(…)
« Le financement de mon mouvement politique n’est pas fait par le CAC40. »

A propos de son équipe gouvernementale

« Ce sera une équipe gouvernementale resserrée d’une douzaine de ministres, paritaire et qui reflétera le renouvellement et le pluralisme d’En Marche. C’est-à-dire qu’il y aura entre un tiers et la moitié des ministres qui viendront de la société civile. Notre pluralisme va de la social-démocratie au gaullisme social.»
(…)
« La majorité parlementaire sera constituée sur la base des principes que j’ai déjà énoncés. C’est-à-dire, une majorité construite à partir de nos 577 candidats dont la moitié sera constituée de nouveaux candidats reflétant notre pluralisme. »

A propos de son possible rapprochement avec Valls

« Lorsqu’on prétend présider, il faut être en capacité de discuter avec tout le monde. »
(…)
« Des socio-démocrates aux gaullistes ou à la droite dite orléaniste et pro-européenne, je souhaite que toutes celles et ceux qui se retrouvent dans l’offre politique qui est la nôtre nous rejoignent. »

A propos des résultats du 1er Tour

« Je ne céderai rien à la simplification et aux fracas du moment. J’irai tout faire pour conquérir voix par voix et arriver devant Marine Le Pen.

A propos d’un rapprochement avec François Bayrou

« J’aurai une discussion avec quiconque le veut. C’est un choix intime qui lui revient. C’est à eux de se prononcer. »
(…)
« La famille politique et les convictions que porte François Bayrou se retrouvent dans notre rassemblement et ont vocation à travailler avec nous. Il s’agit de dépasser certains clivages afin d’avoir un projet d’avenir pour le pays. »