EDVARD GRIEG EN DÉCANTATION

En évitant le sempiternel couplage des concertos pour piano de Grieg et de Schumann, Perianes nous fait revivre quelques pièces lyriques. Magique !

Le pianiste espagnol Javier Peranes poursuit un parcours discographique sans faute, impressionnant de justesse quand il passe d’un univers sonore à l’autre. En effet, il construit un répertoire dont chaque jalon (albums Beethoven, Falla, Mompou, Mendelssohn, Chopin et Debussy etc.) enrichit sa personnalité musicale. Pour cet enregistrement, il aurait été logique qu’il associe le Concerto pour piano d’Edvard Grieg avec celui de Robert Schumann : tonalité identique (la mineur), style et introductions assez proches… Pourtant, au fil de l’écoute, on perçoit nettement certaines particularités de l’oeuvre d’Edvard Grieg. En effet, si Javier Perianes n’en renie pas les influences allemandes, il allège et clarifie son toucher.On songe davantage à Felix Mendelssohn qu’à Robert Schumann. Il s’intéresse aussi aux sources populaires de la musique. En effet, Edvard Grieg réalisa un véritable travail ethnomusicologique qui imprégna toute sa musique. Et le Concerto pour piano, pièce devenue emblématique du romantisme " international " n’échappa nullement aux influences du folklore, l’un des thèmes de prédilection de l’interprète.
Javier Perianes a longuement pensé les timbres, les couleurs, les accents rythmiques de la musique nordique. Avec l’orchestre, il dialogue magnifiquement, avec autant de naturel que d’engagement.
On a rarement entendu un lyrisme aussi sobrement chantant et une telle plénitude dans l’accompagnement. Cette version amoureusement ciselée, chambriste même dans le mouvement lent est une nouvelle référence.
La sélection de Pièces lyriques offre un panorama chronologique instructif du cycle. Épurées, pour certaines, schumanniennes, brahmsiennes, purement ludiques et narratives pour d’autres, elles enrichissent habilement notre souvenir du Concerto pour piano. Quelle réussite !