Édouard Philippe « Je ne crois pas au complot »

Ce matin à 8h15 sur Radio Classique

Édouard Philippe, député et maire LR du Havre
Invité de Guillaume Durand

Affaire Fillon : « Je ne crois pas au complot »

Extraits :

A propos d’une éventuelle crise des institutions

« Il y a une espèce de manie extrêmement française de vouloir modifier les institutions quand il y a un problème, notamment quand on n’aime plus forcément ceux qui les incarnent ou ceux qui les dirigent. (…) Il y en a qui parle d’une VIe République ou d’une transformation institutionnelle extrêmement puissante, c’est le cas de Mélenchon. On arrive à une forme de crispation dans la société française (…) Quand on en arrive à ce niveau de frustration on résout la crise par une réforme institutionnelle, soit par la violence, parfois les deux. Et je me demande si on n’est pas à la veille d’un moment où, si on veut faire en sorte que le pays reprenne confiance en lui, il ne faudrait pas définir de nouvelles institutions ?

A propos de l’affaire Fillon

« Je ne crois pas que ce soit lui qui soit à l’origine de ce mouvement, je pense que ce mouvement est en vérité un peu plus ancien. Qu’il puisse constituer aux yeux de certains une étape supplémentaire, peut-être. (…) Je suis frappé par l’espèce d’insatisfaction croissante qui s’exprime soit électoralement par des votes extrêmes soit par une forme de désaffection et d’abstention à l’égard des élections. (…) Regardez ce qui s’est passé pour le 49-3, c’est très intéressant, le débat n’a pas eu lieu à l’Assemblée quand Emmanuel Macron a voulu faire passer son texte. Il a eu lieu dans la rue, par des grèves, par des blocages. On voit bien qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne plus très bien dans un système institutionnel qui a été pensé pour une autre époque et une autre configuration politique. »

A propos d’Alain Juppé

« Alain Juppé a dit très clairement non, il l’a redit, et je ne vois pas très bien comment il pourrait dire plus clairement ce qu’il pense. Il y a eu une primaire, cette primaire a été transparente, elle a été bien organisée, démocratique, elle a donné un résultat incontestable. Moi je soutenais Alain Juppé, j’en ai été attristé parce que j’aurais aimé qu’il gagne mais enfin les résultats sont là. Quand il y a 66% d’un côté et 33% de l’autre il y a quelqu’un qui a gagné et quelqu’un qui a perdu.»

A propos de François Fillon

«Il est candidat et sa candidature est portée par son camp et c’est à lui qu’il appartient de la conduire. Si demain, une comète arrivait sur terre et que François Fillon – et une bonne partie du pays accessoirement – n’étaient plus là, il faudrait se poser la question de savoir qui serait candidat mais cette question-là ne se poserait qu’à ce moment-là. J’ai écouté François Fillon, il s’exprime avec une clarté et un calme qui sont tout à fait impressionnants. Il a dit clairement et redit clairement que, s’il était mis en examen, il ne se représenterait pas (…) mais qu’il considérait qu’il pouvait parfaitement se présenter au suffrage des Français. Il le fait, il est parfaitement dans la ligne de ce qu’il avait annoncé et je ne vois pas pourquoi on lui en ferait le reproche.»

A propos de François Fillon mal positionné dans les sondages

« Alain Juppé a été en tête dans les sondages pendant 117 semaines. Et il a perdu, (…). François Fillon n’a jamais été donné vainqueur pendant ces sondages donc il a, vis-à-vis des sondages, une distance et un calme qui ressemblent un peu au calme des vieilles troupes. Je pense que ces sondages sont intéressants mais que jamais François Fillon ne se laissera dicter sa conduite par des sondages. Et je pense qu’il a raison. »

A propos de François Bayrou

« Je ne suis pas sûr que la situation politique lui ouvre à la fois beaucoup d’espace et qu’il soit prêt à être candidat. (…) Je n’ai pas déduit de ses propos qu’il s’apprêtait à être candidat à l’élection présidentielle et je ne vois pas très bien ce que sa candidature apporterait dans l’espace politique. François Bayrou exprime une voix très critique, c’est son problème, je ne me retrouve pas complétement dans sa critique, on sent qu’il a une histoire compliqué avec la droite.»

A propos de l’origine de la fuite au Canard Enchaîné qui a déclenché l’affaire Fillon

« Je ne crois pas à l’existence d’une taupe maléfique, je ne crois pas au complot. Je ne m’associe pas aux propos parfois très durs, y compris dans mon propre camp, sur une justice instrumentalisée. Je pense que quand on est candidat favori à l’élection présidentielle, et c’est ce qui est arrivé à François Fillon, on est sous le feu d’une critique, d’un radar souvent injuste et qu’il faut s’y attendre. Dès lors que François Fillon est 3e dans les sondages alors je prédis à ceux qui sont devant lui le même type, non pas de malveillance, mais d’intensité dans l’examen du présent et du passé.»

A propos du Brexit

« Il était inenvisageable, alors qu’un référendum a eu lieu et a donné un résultat serré mais clair, que le parlement britannique prenne une décision inverse de celle qui avait été formulée par le peuple. (…) Pour la France et pour l’Europe ça change un certain nombre de choses. Pour l’Union européenne, ça fait que l’Angleterre ne sera plus dans le dispositif. On perd un siège au conseil de sécurité. C’est un retour en arrière dont certains pensent qu’il est très embêtant pour l’Europe, dont moi je pense qu’il va être très embêtant pour les Britanniques et aussi pour l’Europe. C’est un très mauvais signal.»