DU MONT AU SOMMET

Sébastien Daucé et son Ensemble Correspondances apportent un regard neuf sur le compositeur de Louis XIV.

En puisant dans quatre recueils publiés par les Ballard entre 1652 et 1686, Sébastien Daucé et son ensemble ont constitué ce programme qui nous mène à la Chapelle Royale de Louis XIV: il s’agit de la formation musicale chargée de la messe quotidienne du roi et non d’un lieu puisque, à cette époque, la Cour voyageait entre le Louvre, Saint-Germainen-Laye, Fontainebleau, Chambord et Versailles, où elle ne s’établira qu’en 1682. Ce mélange de motets et d’élévations permet de varier les effectifs, les premiers appelant un ensemble plus étoffé. Soucieux de présenter une musique la plus juste possible, l’Ensemble Correspondances a utilisé des partitions débarrassées des ajouts manifestement dûs à des mains étrangères et pas toujours habiles sans renoncer aux couleurs de la flûte, du basson et du clavecin. Une fois de plus, Correspondances impressionne par la qualité horlogère de son travail (lisibilité polyphonique, émission parfaite des voix) qui jamais ne bride l’expression. L’altière beauté de la musique de Du Mont n’est pas que marmoréenne et elle ne refuse jamais les rinceaux qui lui donnent du rythme et du relief. Venu du pays de Liège sous influence italienne et auteur de nombreuses chansons profanes, le compositeur sait dynamiser un texte. C’est cette double exposition, entre solennité et grâce, que Sébastien Daucé et ses musiciens ont su admirablement révéler. Il suffit d’écouter les effets de répétition du Memorare, la prière confiante de O æterne miserirors Deus, de voir la lumière de vitrail de l’Ave regina cælorum, de percevoir la sensualité de Quam pulchra es pour s’en convaincre. Ce disque admirable apporte un regard nouveau sur un compositeur de premier ordre et complète une discographie où se distinguent les enregistrements de Frédéric Desenclos (Alpha) et Bruno Boterf (Ricercar).