« La droite a perdu la présidentielle parce qu’elle a perdu le centre et l’électorat populaire » Patrick Stefanini

Ce matin à 8 h 15 sur Radio Classique

Patrick Stefanini, membre du Conseil d’Etat, ex-directeur de campagne de François Fillon

Invité de Guillaume Durand

« La droite a perdu la présidentielle parce qu’elle a perdu le centre et l’électorat populaire »

Extraits

A propos de l’annonce de la mise en examen de François Fillon, le 28 février 2017, et de la manifestation de soutien au Trocadéro

« Le lendemain de l’annonce de sa mise en examen, François Fillon organise une série d’entretiens, [à l’occasion desquels] plusieurs personnalités, [comme] Gérard Larcher, Bernard Accoyer ou Bruno Le Maire vont lui conseiller d’arrêter. »
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« Bruno Le Maire, dès l’annonce de la mise en examen, est parti. Il rappelait que, cinq semaines plus tôt, François Fillon avait dit qu’il arrêterait s’il était mis en examen. Bruno Le Maire a donc adopté une position très carrée. »
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« Lorsque nous apprenons que le juge a fait partir les lettres aux fins de convocation pour mise en examen, je propose à François Fillon d’organiser une grande manifestation de soutien. L’idée était dans l’air depuis quatre ou cinq semaines, mais on ne l’avait pas encore intégrée dans la planning. »
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« Contrairement à Bruno Le Maire ou Thierry Solère qui sont partis, (…) j’avais une analyse différente. Avec ma démission, j’ai voulu dire à François Fillon : « Tu dois te poser la question de savoir si tu es encore le meilleur candidat pour faire gagner la droite et le centre. » »
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« François Fillon m’a dit que, quelques jours après la manifestation du Trocadéro –donc après ma démission- il avait eu un vrai moment de doute (…) et qu’il avait sérieusement songé à renoncer. »
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« François Fillon [avait] reçu plusieurs propositions de discours. L’une [d’elles] était une proposition ouverte qui lui permettait, après la manifestation du Trocadéro, d’annoncer son retrait. Et il y avait une proposition plus engageante, c’est celle-ci qu’il a retenue. »
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« Un directeur de campagne n’est pas [là] pour démoraliser son candidat. Le mercredi matin, quand je vois la réaction de Bruno Le Maire, quand je vois l’ambiance qui est en train de se créer autour de l’annonce de la mise en examen, je dis [à François Fillon] que ça va être très difficile. Je ne peux pas aller plus loin que ça. »
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« [En tant que] directeur de campagne, je ne suis pas chargé de lui donner le revolver avec lequel il va se suicider ! »
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« C’est pour des raisons de fond que j’ai le sentiment que ça va se terminer en Bérézina. Je considère que l’élection présidentielle est perdue à partir du moment où François Bayrou rejoint Emmanuel Macron. »
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« Si la droite a perdu cette élection présidentielle, c’est à la fois parce qu’elle a perdu le centre et qu’elle a perdu l’électorat populaire. »

A propos de la personnalité de François Fillon

« François Fillon a certaines des qualités d’un homme d’Etat : il a le sang froid, la détermination, il est rusé, il a une forme de ténacité. Il a aussi une grande intelligence tactique et le sens de l’intérêt national. Mais, comme chacun d’entre nous, il a des défauts, et je qualifie certains de ses défauts d’imprudence. Ces défauts se sont révélés pendant la campagne présidentielle et ils ont joué un facteur aggravant. »
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« A certains égards, François Fillon est un personnage de roman. »

A propos de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé

« Juppé avait la conviction que s’il annonçait trop tôt sa candidature à la présidence de la République, ça le pénaliserait pour son élection à Bordeaux. »

« Nicolas Sarkozy était prêt à soutenir Alain Juppé à condition que François Fillon accepte de s’effacer et que Juppé adopte le projet de François Fillon. »

« Le discours du Trocadéro [de Fillon] comporte des phrases particulièrement perçantes pour Alain Juppé. »

A propos des costumes offerts par Robert Bourgi

« [Cette] affaire témoigne d’une certaine imprudence. »
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« Comment un homme politique comme François Fillon, avec son sang froid, avec son calme, la réputation de prudence qui était la sienne, a-t-il pu se laisser embarquer dans cette affaire ? »

A propos de François Sureau, qui a écrit le discours du Trocadéro ainsi que les statuts d’En Marche

« François Sureau est un intellectuel, un écrivain (…) fidèle à ses idées. Il [trouve] et chez François Fillon et chez Emmanuel Macron des idées qui lui conviennent. Sur les questions d’immigration, [par exemple], François Sureau est beaucoup plus proche de Macron que de Fillon. »
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« Je pense que François Sureau a joué deux rôles à la fois, mais pas nécessairement au même moment : l’écriture des statuts d’En Marche, c’est bien avant l’épisode du Trocadéro. »
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« Je ne cois pas qu’il soit dans le double jeu. Mais on est dans l’ambiguïté de l’engagement d’un intellectuel en politique, qui reste d’abord et avant tout fidèle à ses idées. »