Dominique Blanc, jouer, dit-elle

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Ecrit d’une traite en 1945, alors que Marguerite Duras attendait le retour improbable de son mari, Robert Antelme, arrêté par la Gestapo, prisonnier des camps de la mort, puis sauvé in extremis à Dachau par François Mitterrand, qui dirigeait le groupe de résistants auquel ils appartenaient, La Douleur a été publié en 1985. L’auteur de Moderato cantabile raconte ces jours d’angoisse, au milieu de la liesse générale de la Libération, puis le retour terrible d’un rescapé brisé et muet sans négliger aucun détail : la bouillie jaune qu’il ingurgite avec une cuiller à café et qui se transforme en « merde verte », avec une écriture au scalpel. C’est un texte peu connu de Marguerite Duras, évoquant des faits rarement traités par la littérature, six nouvelles poignantes, parfois à la limite du soutenable.
En contrepoint d’un spectacle sans musique, mis en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieu Niang, Dominique Blanc a choisi un programme clair et pur comme de l’eau de roche : Mozart, Bizet, Prokofiev. Trois compositeurs qui ont connu la douleur dans leur existence, mais qui n’en ont jamais fait leur source d’inspiration, contrairement à Chopin, Mahler ou Chostakovitch. Elle affleure dans leur oeuvre, tout comme elle affleure dans la belle voix de Dominique Blanc qui jamais ne pèse ou ne pose.
Je suis heureux de vous retrouver pour une septième saison de Passion Classique, dans un format resserré sur une heure, malgré des audiences excellentes (mais c’est toujours bon de maigrir, dit-on), signe d’une fidélité exemplaire à notre belle station et à notre rendez-vous quotidien. Des rencontres fabuleuses vous attendent dans ce moment de partage de musique et d’humanité.
Voici le programme de Dominique Blanc :
1. Prokofiev : Roméo et Juliette : « Juliette enfant (ou jeune fille) »
2. Bizet : Carmen « Votre toast » (air du Toréador) Ernest Blanc
3. Mozart : Les Noces de Figaro « Voi che sapete » (Chérubin) Berganza ou Von Stade
4. Mozart : La Flûte Enchantée « Zum Leiden bin » (Eda Moser)
5. Mozart : Don Juan (ouverture)

Les 3 « madeleines musicales » :

1. Edith Piaf : Milord
2. Les Beatles : Michelle
3. Barbara : Nantes