DEUX AS DE CŒUR ET D’ESPRIT

Voilà deux jeunes solistes brillants, qui forment une équipe épatante, qui ne se gênent jamais et semblent aussi libres à deux voix que seuls.

Après de belles Sonates de Beethoven (Claves), celles de Brahms confirment le talent et la maîtrise de Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen. Voilà bien longtemps que Suk/ Katchen (Decca), Perlman/ Barenboim (Sony) et Oïstrakh/Richter (Melodiya) dominent largement la discographie de ces trois Sonates de Brahms. Si David ne détrône pas les Goliath, ces derniers devront dorénavant partager le podium avec Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen qui, en imposant moins leurs personnalités aux partitions, les magnifient avec une simplicité d’une redoutable efficacité. Aucune démonstration de force péremptoire, en effet, mais un chant rond et plein menant d’un pas alerte l’architecture des œuvres qui bénéficient d’une lisibilité neuve. La lumière provient du riche son du violon de Corey Cerovsek – ayant appartenu à Christian Ferras -, jamais grossi par l’archet qui est, au contraire, un modèle de fluidité.
Elle provient également de la capacité de Paavali Jumppanen à équilibrer adroitement les registres afin d’éviter toute lourdeur (et bien que l’enregistrement privilégie les graves, comme bien souvent pour Brahms) et plus encore d’empiéter sur la partie de violon. Surtout, voilà un véritable duo : au-delà de leur complicité, les deux musiciens ne se gênent jamais, ce qui est finalement assez rare. Ils évitent la surenchère sonore tout en montrant un engagement passionné qui ne les déborde jamais. Énergie, clarté, intelligence, qualité sonore ; tous les ingrédients sont présents pour proposer des interprétations de très haute tenue que l’on conseille fortement pour découvrir ces œuvres, avant d’explorer les interprétations précitées, plus personnelles et subjectives.