DES « SIÈCLES » DE LUMIÈRES

François-Xavier Roth et ses musiciens éclairent mille détails orchestraux dans quatre oeuvres « hispanisantes », souveraines de beautés.

Du temps de La Périchole à celui de la Rhapsodie espagnole, l’Espagne fut à la mode en France ­ où de nombreux compositeurs espagnols vinrent se former. Cela nous vaut un répertoire divers et brillant, allant de l’opérette et du ballet aux musiques les plus inventives. Ici, quatre célèbres oeuvres hispanisantes sont interprétées " sur instruments d’époque ", ce qui peut surprendre car " l’époque " n’est pas si éloignée. Outre l’utilisation de cordes en boyaux, les vents ont parfois un timbre discrètement différent de l’actuel. Le résultat est pourtant fort intéressant. Dans ces pièces où se manifeste la plus brillante orchestration française, l’orchestre joue moins sur les effets de masse et davantage sur la finesse des timbres. España d’Emmanuel Chabrier ne perd rien de son dynamisme un peu rustaud mais le son d’ensemble est plus raffiné que dans les meilleures versions pour orchestre " normal ". Mais la qualité induite par l’instrumentarium ne fait pas tout.
François-Xavier Roth sait fouiller le tissu orchestral, détecter les alliages sonores les plus subtils, donne une impulsion rythmique extrêmement précise à des partitions où le rythme est souverain (España, Alborada, et les mouvements extrêmes d’Iberia). Il est bien servi, il est vrai, par de remarquables solistes, surtout chez les vents. On ne peut que s’émerveiller de la sensualité sonore des Parfums de la nuit, le mouvement central d’Iberia, dans lequel il surpasse même en imagination poétique Boulez-Cleveland (DG), une version considérée comme une grande référence.
J’ai gardé " pour la bonne bouche " le ballet du Cid de Massenet, d’une charmante pleine d’invention, Roth, en allégeant la pâte, en soulignant mille détails orchestraux singuliers, trouve le ton juste et prouve (pour une fois) que l’orchestre de Massenet n’est ni lourd ni banal, et encore moins vulgaire ­ si l’on sait le prendre… Une merveille, je vous dis !